Alors que le Cameroun célèbre la Journée mondiale des toilettes, une réalité brutale s’impose: le pays traverse une crise d’assainissement qui expose les populations à des risques sanitaires majeurs. Entre hôpitaux débordés, toilettes publiques inexistantes, administrations verrouillées et incivilités nées du manque d’infrastructures, la responsabilité du Ministère de la Santé et l’inaction des élus locaux interrogent plus que jamais.
La crise des toilettes publiques au Cameroun n’est plus un sujet secondaire: c’est une urgence nationale. À Yaoundé, du Carrefour Régis à Mballa 2, au lieu dit Éducation en passant par l’axe Minrex Marché des Fleurs Bricolux, les kilomètres défilent sans la moindre installation fonctionnelle. Au tristement célèbre Carrefour Caca à Biyem-Assi, les odeurs nauséabondes et les déchets fécaux racontent mieux qu’un long discours le niveau d’abandon. Mais au cœur de cette crise, deux acteurs se retrouvent en première ligne: le Ministère de la Santé, garant de la sécurité sanitaire, et les élus locaux, responsables de l’assainissement urbain.
Hôpitaux sans toilettes : un paradoxe sanitaire inquiétant.
Dans plusieurs hôpitaux publics, l’absence d’eau, les toilettes fermées, l’hygiène défaillante et les odeurs persistantes exposent patients, personnels et accompagnants à des conditions indignes. Certains établissements, débordés, peinent à expliquer où les malades doivent se soulager.
Comment garantir la prévention des infections dans des lieux où l’on ne peut même pas assurer l’hygiène de base ? La question renvoie directement aux responsabilités du Ministère de la Santé, censé veiller à l’assainissement hospitalier et à la sécurité sanitaire des populations.
À l’Immeuble Rose, qui abrite plusieurs ministères, le paradoxe est encore plus flagrant. Dans certains services, les toilettes sont verrouillées, réservées aux seuls agents. Les usagers errent de couloir en couloir, incapables de trouver un endroit pour se soulager. Ailleurs, dans d’autres édifices publics, des odeurs d’égout envahissent les étages, conséquence directe du manque d’eau, de l’absence de nettoyage et de la défaillance structurelle des installations.
Des rumeurs persistent même selon lesquelles certains usagers parfois même des agents seraient contraints de déféquer dans des sachets plastiques, faute de meilleure alternative. Une situation qui illustre la profondeur du malaise.
Du côté des collectivités, le constat est sévère. Alors que la gestion des toilettes publiques relève des mairies et des communautés urbaines, l’action reste timide, dispersée et largement insuffisante. Quelques toilettes modernes inaugurées récemment ne couvrent en rien les besoins d’une capitale de plus en plus peuplée.
Pendant ce temps, des élus circulent dans des véhicules climatisés, loin des réalités du terrain. Leur silence face à la souffrance des populations interroge, comment expliquer qu’une ville comme Yaoundé n’ait pas un réseau cohérent de toilettes publiques ? Pourquoi les marchés, carrefours, hôpitaux et grandes avenues restent-ils dépourvus d’installations élémentaires ? L’inaction locale alimente un cercle vicieux d’insalubrité, de maladies hydriques et de perte de dignité.
Si les élus locaux sont en première ligne, le Ministère de la Santé est, lui, garant du volet sanitaire de cette crise. Les risques d’épidémies, l’hygiène hospitalière, la prévention cholérique, la gestion des eaux usées et la surveillance sanitaire devraient placer le ministère au cœur de l’action. Pourtant, les interventions restent insuffisantes, dispersées dans des programmes ponctuels ou des campagnes symboliques. Il manque une stratégie nationale d’assainissement public, articulée avec les collectivités et centrée sur la prévention.
Une question demeure: Pourquoi attendre une épidémie majeure pour agir ?
Des rues transformées en lieux d’aisance, des hôpitaux exposés, des administrations sans accès, des écoles saturées, des personnels travaillant dans des odeurs suffocantes… Le Cameroun ne peut plus se permettre d’ignorer cette crise. Les citoyens attendent un plan national d’assainissement, des toilettes publiques accessibles et entretenues, des hôpitaux dotés d’un minimum vital, des élus présents sur le terrain, un Ministère de la Santé proactif et non réactif, et une coordination réelle entre acteurs publics. Car l’accès aux toilettes n’est ni un confort ni un privilège. C’est un droit. C’est une dignité. C’est une question de santé publique.
Céline Claire NA
