Alors que le Cameroun se joint au monde pour marquer la 38ᵉ Journée mondiale de lutte contre le VIH/SIDA, les indicateurs récents dressent un tableau préoccupant. Malgré des avancées notables, l’épidémie demeure active, concentrée dans les grands centres urbains et frappant de plein fouet les populations les plus vulnérables, en particulier les femmes. Les nouvelles données nationales révèlent des écarts inquiétants qui appellent à une réponse urgente et intensifiée.
En 2024, plus de 1,99 million de dépistages ont été réalisés au Cameroun, révélant 46 025 résultats positifs, dont 36 171 nouveaux cas, pour un taux de positivité de 2,3 %. Malgré la baisse progressive de la prévalence nationale à environ 2,7 %, le Ministre de la Santé reconnaît que ces chiffres témoignent d’une circulation toujours intense du virus. Le lancement de l’enquête CAMPHIA 2024, présenté comme un instrument stratégique, vise justement à réactualiser l’étendue de l’épidémie, signe que les autorités elles-mêmes doutent de la stabilité des acquis récents. Loin d’être maîtrisé, le VIH continue de se propager dans des proportions suffisamment alarmantes pour remettre en question les progrès annoncés.
La carte de l’épidémie éclaire une autre réalité préoccupante : sa forte concentration dans les grands centres urbains. Yaoundé et Douala, situées respectivement dans les régions du Centre et du Littoral, cumulent les taux les plus élevés, au point de représenter les principaux foyers du pays. Yaoundé abriterait jusqu’à 18 % des personnes vivant avec le VIH, tandis que Douala en regrouperait près de 14 %. Certaines villes comme Bafoussam affichent des prévalences de l’ordre de 6 %, soit plus du double de la moyenne nationale, et même 8,1 % chez les femmes. Ces disparités régionales et urbaines montrent clairement que le virus avance plus vite que la capacité des structures locales à le contenir, malgré les efforts du Comité National de Lutte contre le Sida pour assurer dépistage, traitement antiviral et sensibilisation.
Plus grave encore, les femmes demeurent les principales cibles de l’épidémie. Leur taux de prévalence atteint 5 %, contre 2,3 % chez les hommes, et cette disproportion se vérifie dans presque toutes les régions. Chez les jeunes femmes de 15 à 24 ans, le risque d’infection est parfois jusqu’à trois fois supérieur à celui des jeunes hommes du même âge. Les populations clés travailleuses du sexe, hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes affichent quant à elles des prévalences dramatiques pouvant dépasser 20 %, laissant craindre l’existence de cercles de transmission difficiles à briser. Ces données révèlent une dynamique inquiétante, susceptible de fragiliser durablement les efforts de réduction de la transmission si rien n’est renforcé de manière immédiate et ciblée.
À l’heure où le Cameroun multiplie les initiatives de dépistage et de prise en charge, les chiffres rappellent que la lutte contre le VIH/SIDA reste loin d’être gagnée. L’épidémie continue de progresser dans les zones les plus densément peuplées, pénalise davantage les femmes et persiste dans les groupes les plus vulnérables. Face à cette réalité, les acteurs de santé appellent à un sursaut collectif : intensifier la prévention, renforcer la disponibilité des antiviraux, cibler les régions les plus à risque et renouveler l’engagement politique au plus haut niveau. Sans une action plus agressive et plus coordonnée, le pays risque de voir s’effacer les succès durement acquis, laissant place à une résurgence silencieuse mais redoutable du virus.
Céline Claire Ngono Akoum.
