Par une journée de décembre où la géographie électorale a redessiné ses propres frontières, le Cameroun vient de vivre bien plus qu’une simple session de plein droit. Entre sanctuarisation de la continuité et ruptures brutales, les exécutifs régionaux entament un nouveau cycle sous le signe d’un « contrat de performance » désormais exigé par le terrain.
L’histoire politique retiendra le 16 décembre 2025 comme le premier véritable « crash-test » de la grammaire décentralisée camerounaise. Si l’acte I (2020) relevait de l’apprentissage et de l’installation protocolaire, l’acte II, qui vient de s’ouvrir, s’apparente à une mue profonde du corps électoral. Sous le vernis des scores parfois hégémoniques, les urnes ont parlé un langage nouveau : celui de la sanction des bilans et de l’impératif d’exemplarité.
Le Nord et la prime à la « décentralisation de proximité ».
À Garoua, le plébiscite d’Oumarou Ousmanou (97,72 %) n’est pas le fruit d’un simple alignement mécanique des appareils. Il est la validation d’une méthode. En transformant le Conseil Régional en une unité d’intervention rapide sur les fronts de l’éducation et de la santé, l’édile du Nord a réussi ce que la science politique appelle l’onction transpartisane. Le ralliement de l’UNDP et du FPD derrière sa figure n’est pas une reddition, mais un acte de pragmatisme territorial. Ici, la stabilité est le salaire de l’efficacité perçue.
Le Séisme d’Ebolowa: Le crépuscule des idoles.
C’est pourtant au Sud, dans ce bastion que l’on croyait figé dans une déférence éternelle, que s’est produit le séisme le plus instructif. La chute d’Emmanuel Mve Elemva marque la fin d’une époque: celle de la politique d’apparat et de la magnificence budgétaire déconnectée des réalités.
Le récit des « rideaux à 60 millions » et des palais à 17 milliards de FCFA a agi comme un puissant acide corrosif sur le contrat social local. À Ebolowa, les conseillers régionaux ces grands électeurs longtemps perçus comme des simples courroies de transmission ont repris leur souveraineté. L’éviction du « Capitaine » au profit d’Antoine Bikoro Alo’o, technocrate à la rigueur de gestionnaire, signifie le passage du prestige à la performance. Avec l’ascension de Cathy Meba au Secrétariat Général, le Sud opère une transfusion sanguine nécessaire, mêlant renouvellement générationnel et exigence de transparence.
Entre discipline de fer et murmures de dissidence.
Ailleurs, la carte politique révèle des fortunes diverses, mais une tendance commune : la mainmise du RDPC reste la clé de voûte de l’édifice, bien qu’elle doive désormais composer avec des tensions internes croissantes. Dans l’Extrême-Nord, le huis clos de Maroua a montré que le consensus est un art de la haute couture, où les mandataires centraux, comme le Ministre Nganou Djoumessi, agissent en « chirurgiens de la cohésion » pour éviter l’implosion. Dans l’Adamaoua, la reprise en main par le parti au pouvoir illustre une volonté de reconquête sur l’UNDP, prouvant que chaque mètre carré de gouvernance locale est désormais une zone de haute lutte. Le Centre et le Littoral, avec les reconduites de Gilbert Tsimi Evouna et Polycarpe Banlog, choisissent la « force de l’expérience », pariant sur une accélération de l’autonomie financière et une meilleure captation de la fiscalité locale.
La décentralisation, un CDD sous surveillance.
Le message de ce 16 décembre est limpide : la décentralisation n’est plus une sinécure de fin de carrière pour notables en quête de retraite dorée. Elle devient un mandat sous haute surveillance populaire. Le temps des symboles s’efface devant le temps du bitume, de l’eau potable et de l’école.
Pour les nouveaux élus, le soulagement du soir du vote sera de courte durée. Ils ne sont plus seulement les représentants d’un parti, ils sont les comptables d’une espérance. Car au Cameroun, si le centre décide encore des hommes, c’est désormais la périphérie qui juge les résultats. Le rideau tombe sur le théâtre des certitudes ; il se lève sur celui de la redevabilité.
GTN
