Après la grandiose remise des parchemins au Palais des Congrès, personne n’imaginait que l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC), souvent présentée comme un modèle de formation de « l’Homme intégral », verrait son image s’effondrer brutalement. Pourtant, le 5 décembre, sur le campus d’Ayene à Yaoundé–Ekounou, des scènes d’une rare obscénité ont fuité, plongeant la communauté académique et l’opinion publique dans la stupeur.
Diffusées le 8 décembre dans l’émission Espace Miné sur InfoTV, les images montrent des étudiants, parfois et presque totalement nus, s’adonnant à des actes à caractère pornographique en pleine cérémonie de parrainage. Une ambiance dignes de boîtes de nuit clandestines, loin du cadre académique et moral censé guider ces futurs cadres de la société. Fesses en l’air, embrassades explicites, contacts corporels appuyés: la promesse de « formation intégrale » semble ici avoir sombré dans une mise en scène déroutante. Pour Bernard Owona, journaliste et directeur de publication, ces révélations ne seraient que « la partie visible de l’iceberg ». Selon lui, « ce n’est pas nouveau. Il existe des pratiques bien plus graves, allant d’actes sexuels violents impliquant parfois des apprenants et certains encadreurs, jusqu’à des dérives encore plus troublantes excédant le lien hommes et femmes ». Une déclaration qui relance les interrogations sur la profondeur du malaise et l’ampleur du laisser-aller.
Certains observateurs parlent de cérémonies devenues dangereuses, perverties, bien loin des objectifs initiaux. L’écrivain Arnaud Ebodo, lui, adopte un ton plus mystique: « Le diable appelé en grand renfort par l’évêque de Yagoua est là et agit déjà ». Une manière d’exprimer son indignation face à ce qu’il qualifie de désacralisation totale de l’institution, désormais perçue comme vulnérable aux dérives et aux influences contraires à ses valeurs fondatrices.
Pour d’autres, ces mises en scène seraient la manifestation d’une culture occulte, imposée en coulisses, comme un rituel de passage toléré, voire encouragé. Un constat renforcé par l’absence remarquée de responsables lors de la cérémonie, absence qui a laissé libre cours aux débordements. Au-delà du choc moral, cette affaire révèle un problème plus profond: la chute des mœurs et la banalisation des pratiques dégradantes, parfois enracinées jusque dans l’administration, où les « positions canapés » seraient devenues monnaie courante selon plusieurs témoignages.
Pourtant, la cérémonie de parrainage, rappelle Bernard Owona, est censée « permettre à l’étudiant de se choisir un modèle, une lumière, un repère ». Loin de cet idéal, la session incriminée s’est transformée en un spectacle qualifié par certains de « pornographie sans honneur et sans pudeur ». Face à l’ampleur du scandale, les appels se multiplient: Mgr l’archevêque Métropolitain de Yaoundé Jean Mbarga est interpellé en urgence, tout comme les parents d’élèves, le circuit judiciaire et le Ministère de l’Enseignement Supérieur. Beaucoup réclament une enquête, des sanctions, et surtout un assainissement profond afin de « séparer l’ivraie de la bonne graine ».
À l’UCAC, ce ne sont donc plus seulement les apprenants qui préoccupent: ce sont désormais les “acteurs de l’ombre” que d’aucuns soupçonnent d’encourager ou de tolérer ces dérives, mettant en péril l’intégrité morale et pédagogique d’une institution autrefois exemplaire.
Gervais Fredy M.
