
À l’approche de la Journée internationale de la femme, période clé pour la commercialisation des pagnes, la situation de la Cotonnière Industrielle du Cameroun (CICAM) suscite de nombreuses interrogations. Entre usines à l’arrêt, personnel fragilisé et recours croissant à des partenariats extérieurs, l’entreprise emblématique de l’industrialisation nationale peine à rassurer, ravivant une inquiétude de plus en plus profonde quant à son avenir.
Créée avec l’ambition de transformer localement le coton camerounais et de porter l’espoir d’une industrialisation souveraine, la CICAM incarnait, à sa naissance, bien plus qu’une simple entreprise textile. Elle symbolisait un Cameroun capable de produire, de créer de la valeur ajoutée sur son sol et d’offrir des emplois durables à des milliers de familles. Pendant des décennies, ses pagnes ont accompagné les grands moments de la vie nationale, nourrissant un sentiment de fierté collective. Aujourd’hui, cet espoir semble sérieusement fragilisé.
À quelques semaines du 8 mars, la question de la capacité de la CICAM à satisfaire la forte demande en pagnes se pose avec acuité. Comment répondre à cette exigence alors que les deux usines sont à l’arrêt depuis près de quatre ans ? Cette interrogation devient encore plus préoccupante lorsque l’on observe la situation sociale d’un personnel éprouvé par de longs mois d’arriérés de salaires, vivant dans une précarité persistante et dans l’attente d’une véritable relance. Des solutions temporaires ont certes permis d’éviter l’effondrement total. Des partenariats avec des opérateurs étrangers ont rendu possible l’approvisionnement du marché et le paiement partiel de certains salaires. Mais cette dépendance, même conjoncturelle, alimente désormais une inquiétude plus profonde et plus structurante: la CICAM est-elle encore réellement une entreprise industrielle nationale ? Ou glisse-t-elle progressivement vers un modèle hybride, où l’activité locale s’efface au profit d’une logique de sous-traitance et d’importation, éloignée de sa mission fondatrice ? Cette évolution soulève une autre question, plus sensible encore, la CICAM n’est-elle pas déjà engagée, de fait, dans un processus de privatisation silencieuse ? Lorsque la Société Nationale d’Investissement (SNI), principal actionnaire avec 75 % du capital, et l’État camerounais, détenteur des 25 % restants, peinent à assurer la relance effective des outils de production, peut-on encore parler d’un engagement public fort ? Ou faut-il y voir les signes d’un désengagement progressif, voire d’un renoncement, laissant l’entreprise survivre sans vision industrielle claire ? Cette situation interpelle d’autant plus que la vocation première de la CICAM était précisément de rompre avec toute forme de dépendance extérieure, en valorisant le coton local et en structurant une filière textile nationale forte.
L’arrêt prolongé des unités de production fait planer le risque d’un éloignement durable de cette mission, au point de transformer un fleuron industriel en simple marque commerciale. Dans ce contexte, les promesses de soutien de l’État, notamment en matière de fonds de roulement, demeurent porteuses d’espoir, mais leur concrétisation rapide apparaît indispensable. Car au-delà des enjeux conjoncturels liés au 8 mars, c’est bien la nature même de la CICAM entreprise publique stratégique ou entité progressivement abandonnée qui se trouve aujourd’hui au cœur des inquiétudes.
Céline Claire Ngono
