Alors que dans plusieurs pays africains l’accès aux chaînes nationales est reconnu comme un droit fondamental et protégé par des régulations contraignantes, certains États obligent les opérateurs de télévision payante à maintenir la diffusion des chaînes publiques même après la fin d’un abonnement. Le Burkina Faso, rejoint par des pays comme le Burundi, le Togo ou le Sénégal, illustre une approche protectrice du droit à l’information. À l’inverse, le Cameroun impose à ses citoyens y compris les agents de l’État et les acteurs du secteur privé déjà assujettis à la redevance audiovisuelle de passer par Canal+, sous peine d’être privés des chaînes nationales à la moindre interruption d’abonnement.
En Afrique, l’accès à l’information publique reste souvent conditionné au paiement d’un abonnement. Pourtant, certains pays ont choisi de protéger le droit fondamental des citoyens à suivre les chaînes nationales, même lorsque l’abonnement à Canal+ prend fin. Au Burkina Faso, par exemple, le Conseil supérieur de la communication (CSC) a imposé à l’opérateur de diffuser les chaînes publiques de la RTB en clair et sans interruption, garantissant que tous les Burkinabè puissent suivre l’actualité nationale et les débats publics, indépendamment de leur situation financière.
D’autres pays, comme le Burundi et, dans certains cas, le Togo ou le Sénégal, ont également expérimenté des régulations visant à rendre certaines chaînes locales accessibles au public même après la fin d’un abonnement payant. L’objectif est clair : assurer la continuité du service public audiovisuel et protéger les programmes d’intérêt général. Ces expériences démontrent qu’il est possible de concilier les modèles économiques des bouquets payants avec la mission sociale des chaînes nationales.
Au Cameroun, en revanche, la situation est radicalement différente et profondément paradoxale. Les chaînes publiques restent verrouillées derrière un abonnement actif à Canal+. Plus grave encore, tous les agents de l’État ainsi que de nombreux acteurs des sociétés privées sont légalement contraints de payer la redevance audiovisuelle, destinée à financer le service public de l’audiovisuel. Pourtant, malgré cette contribution obligatoire, ces mêmes citoyens se voient privés des chaînes nationales dès qu’un abonnement Canal+ arrive à expiration.
Ce système crée un contraste saisissant : les Camerounais paient pour un service public qu’ils ne peuvent pas librement consommer. Le laxisme des autorités de régulation, l’absence d’un contre-pouvoir efficace des associations de consommateurs et la dépendance structurelle à un opérateur privé permettent à Canal+ de maintenir une position dominante, tout en transformant l’information nationale en marchandise.
Les consommateurs camerounais se retrouvent ainsi pris au piège. L’accès aux informations publiques devient un produit de luxe, y compris pour ceux qui contribuent déjà à leur financement. Les critiques sur les abus tarifaires, la coupure automatique des chaînes nationales à la fin des abonnements et la restriction de l’accès aux médias publics restent largement inaudibles.
Ce contraste met en lumière une fracture africaine sur le droit à l’information : certains États choisissent de protéger leurs citoyens en garantissant une diffusion minimale et continue des chaînes publiques, tandis que d’autres, comme le Cameroun ou la Côte d’Ivoire, demeurent captifs des logiques commerciales des opérateurs, au détriment de l’intérêt général.
La question demeure entière: jusqu’à quand les Camerounais, agents de l’État comme acteurs du secteur privé, devront-ils payer deux fois la redevance audiovisuelle et l’abonnement à Canal+ pour accéder à une information qui devrait relever d’un droit fondamental ? Et pourquoi des régulations africaines pourtant éprouvées ailleurs peinent-elles encore à s’imposer dans l’un des pays les plus influents de la sous-région ?
Gervais Fredy M.
