Souvent perçue comme une responsabilité strictement individuelle, la santé engage pourtant directement l’État et le système de santé. Entre impératif économique, prévention collective et soutenabilité financière, protéger la santé des populations s’impose comme une mission centrale et incontournable du système de santé.
De nombreuses personnes estiment que le système de santé n’a ni intérêt ni responsabilité face aux comportements à risque des populations, considérant que la santé relèverait exclusivement de choix individuels. Cette perception traduit cependant une compréhension incomplète des fondements, du fonctionnement et des objectifs d’un système de santé. Il apparaît donc nécessaire d’apporter certains éclairages.
Par définition, un système de santé correspond à l’ensemble des organisations, institutions, ressources et acteurs dont la finalité est de préserver, améliorer ou restaurer le capital santé des populations. Cette définition souligne clairement que le système de santé englobe bien plus que le seul ministère de la Santé, lequel n’en constitue qu’une composante administrative et de gouvernance. Le système de santé intervient sur l’ensemble des déterminants, des risques et des conséquences liés à l’état de santé des populations.
Dès lors, protéger le capital santé des populations constitue une mission centrale et non négociable du système de santé. Cette responsabilité se justifie notamment par des considérations économiques majeures. En effet, la maladie représente un fardeau économique important, non seulement pour les individus et les ménages, mais surtout pour l’État, qui a l’obligation d’organiser et de financer l’offre de soins au bénéfice de la population.
Dans l’analyse des coûts de la maladie, l’attention se porte souvent sur la contribution financière directe du patient, tandis que la part substantielle prise en charge par le système de santé demeure largement invisible. À titre illustratif, une étude menée dans le cadre du projet PALEVALUT au Centre Pasteur du Cameroun a montré que la prise en charge d’un cas de paludisme grave coûte en moyenne 300 000 FCFA. Sur ce montant, le patient ne contribue qu’à hauteur d’environ 50 000 FCFA, tandis que le système de santé supporte la majeure partie des coûts. Rapportée à plus d’un million de cas enregistrés chaque année, cette charge financière représente une perte considérable pour l’État.
Dans ce contexte, la prévention du paludisme demeure une priorité absolue pour le système de santé, y compris lorsque certaines populations manifestent une réticence ou un refus à adopter des mesures préventives. L’enjeu dépasse la responsabilité individuelle pour relever d’une logique de protection collective et de soutenabilité du système.
Un raisonnement similaire s’applique aux maladies chroniques lourdes, telles que l’insuffisance rénale nécessitant la dialyse. Les investissements massifs consentis par l’État construction de centres d’hémodialyse, subventions des séances de dialyse, prise en charge partielle des traitements mobilisent des ressources financières considérables. Ces ressources auraient pu être affectées à d’autres priorités sanitaires si des stratégies plus efficaces de prévention et de réduction des comportements à risque avaient été mises en œuvre en amont.
Ainsi, même à travers ces deux exemples, il apparaît clairement que l’État a l’obligation de protéger la santé des populations, y compris contre certains choix individuels, lorsque ceux-ci entraînent des conséquences financières lourdes pour la collectivité. En définitive, l’un des objectifs fondamentaux d’un système de santé est également économique : protéger les populations et l’État contre les coûts élevés liés à la prise en charge des maladies évitables, afin d’assurer la viabilité et l’efficience du système de santé dans son ensemble.
Dr (HC) Albert ZE, PhDF,ondateur de l’Institut de Recherche pour la Santé et le Développement (IRESADE).
