
Le 23ᵉ Congrès de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement, ouvert le 9 février 2026 à Yaoundé au Palais des congrès, est un moment fort de la réflexion africaine sur le droit à l’eau. Dans ce cadre, le Directeur général de l’Autorité de régulation du secteur de l’eau au Niger, monsieur Barka Doka Mahaman Bachir, a prononcé un plaidoyer émouvant et courageux: « l’équité dans la répartition des ressources et l’eau comme vecteur de paix ». Ce propos, à la fois lucide et engagé, expose les douleurs d’un pays et la souffrance d’un continent qui luttent pour que l’eau cesse d’être un luxe pour devenir un droit universel et un pilier de la paix.

Les problèmes au cœur du plaidoyer.
« L’eau est un gage de paix et l’assurance d’une sécurité durable » a-t-il souligné. Pourtant, sur le terrain, la réalité est marquée par de graves dysfonctionnements. Le Niger connaît un fort taux de natalité et une population à 80% rurale, ce qui intensifie la pression sur les ressources hydriques. Le besoin en eau est donc considérable, tandis que les mécanismes mis en place, même soutenus par l’État et certains partenaires, restent insuffisants à garantir une hydrologie urbaine et rurale équilibrée. Sur ce front, la régulation du secteur demeure le parent pauvre des investissements. Les modèles de suivi de la qualité de l’eau font défaut, et les compétences techniques manquantes rendent difficile le pilotage des choix d’investissement et les décisions opérationnelles. Le Niger se trouve dans une situation équivoque: les zones urbaines bénéficient d’une organisation plus claire et attirent davantage les bailleurs de fonds, alors que les zones rurales souffrent d’un déficit criant d’accès à l’eau potable.
Le rôle trouble de certains bailleurs de fonds.
Le plaidoyer de Niamey ne se contente pas de chiffres et de diagnostics, il met en lumière un constat plus inquiétant encore: le rôle trouble de certains bailleurs de fonds. Des partenaires financiers et économiques se sont, selon monsieur Barka Doka, tournés vers le Niger et le Cameroun, mais d’autres ont « tourné le dos » au pays à cause de ses choix politiques. Cette retraite brutale a plongé la population dans la confusion et la vulnérabilité, parfois jusqu’au seuil de situations critiques liées au terrorisme. Ces décisions politisées se traduisent sur le terrain par des actes concrets: des puits bloqués, l’accès à l’eau restreint ou coupé, des ressources polluées, et des communautés entières contraintes de marcher des kilomètres pour un seau d’eau insalubre. Dans ce contexte, les promesses de développement se heurtent à la réalité d’une distribution inégale, parfois arbitraire, des financements. Les populations rurales, déjà les plus exposées, en paient le prix le plus lourd, tandis que les zones urbaines, plus « visibles », captent davantage l’attention.

L’espoir que porte le sommet et le leadership de la BAD.
Face à ces failles, le 23ᵉ Congrès de Yaoundé apparaît comme un moment d’espoir. Ce sommet est utile, rappelle le plaidoyer, dans la mesure où il insiste sur une exigence simple mais radicale de l’eau avec équité pour tous. Il s’agit, pour l’Afrique, de faire de l’accès à l’eau un instrument de paix plutôt qu’un prétexte à la violence ou aux crises migratoires massives. Dans cette perspective, le Niger et d’autres pays africains saluent particulièrement la Banque africaine de développement (BAD) qui se pose en défenseur d’une distribution plus juste de l’eau sur le continent. Ils appellent aussi la Banque mondiale, l’Union Européenne ainsi que tous les partenaires, à se mobiliser davantage pour le Niger et le Cameroun.
Le plaidoyer de Niamey formule une ambition claire: Que la BAD devienne le leader naturel que tous les bailleurs et décideurs africains s’accordent à suivre. Pour Niamey et pour le Niger, ce congrès de Yaoundé est bien plus qu’une réunion techniques: c’est une fenêtre sur un avenir où l’eau, répartie avec justice, devient un acte de paix, une preuve de solidarité internationale retrouvée, et une étape décisive vers une sécurité durable pour les populations du Sahel et du Bassin du lac Tchad. Si ces messages sortent des débats pour entrer dans les budgets, les contrats et les décisions de financement, alors le plaidoyer de Niamey aura trouvé son sens le plus profond.
Gervais Fredy Memana.
