
Par Lazare NOMO
La presse camerounaise traverse une période de turbulence sans précédent. Entre difficultés économiques, saturation du marché et perte de crédibilité, le constat est amer: le « quatrième pouvoir » peine à exercer son rôle. Les patrons de presse luttent pour survivre, les jeunes diplômés de l’ESSTIC et d’autres écoles se heurtent à un marché de l’emploi exsangue, et l’auto-entrepreneuriat dans les médias ressemble à un parcours du combattant. Pire, la profession est gangrenée par des pratiques douteuses: chantage, arnaques et amateurisme qui discréditent l’ensemble du secteur. La précarité économique frappe de plein fouet: les revenus publicitaires s’amenuisent, les subventions sont rares et les coûts de production augmentent. Résultat: des salles de rédaction squelettiques et une qualité en baisse.La prolifération des pseudo-journalistes aggrave la situation. Le métier est victime de son accessibilité. Former une phrase ne suffit pas à faire un journaliste, mais certains l’ont oublié. Ces imposteurs sapent la confiance du public et des sources. Autrefois crainte pour son pouvoir de dénonciation, la presse camerounaise est aujourd’hui perçue comme complice ou impuissante. Les citoyens se tournent vers les réseaux sociaux, où l’information non vérifiée prolifère.

Face à ce sombre tableau, la réinvention s’impose. Premièrement, une professionnalisation accrue est nécessaire. Instaurer un label de qualité pour les médias, avec des critères stricts (déontologie, formation continue), et sanctionner les dérives via l’organe de régulation ( Le Conseil National de la Communication est à ce titre bien pensé) et les associations de journalistes serait un début. Deuxièmement, l’innovation économique doit être explorée: mutualiser les ressources entre rédactions, partager des infrastructures, créer des coopératives, ou encore explorer des modèles hybrides comme les abonnements numériques. Troisièmement, la formation et la spécialisation des jeunes journalistes sont cruciales. Les orienter vers des niches porteuses (data-journalisme, vérification des faits, médias spécialisés) et créer des incubateurs pour accompagner les projets médiatiques innovants pourraient redynamiser le secteur.
Enfin, rétablir la crédibilité passe par une indépendance farouche. Diversifier les sources de financement (mécénat, fondations internationales éthiques) et mettre en avant des enquêtes rigoureuses redonneraient au public des raisons de croire en la presse. La crise de la presse camerounaise n’est pas une fatalité. Elle appelle une révolution culturelle : celle du retour à l’éthique, de l’audace technologique et de la solidarité entre professionnels. Les médias qui survivront seront ceux qui auront osé rompre avec les vieux modèles pour embrasser l’exigence et l’innovation. Le temps est venu de rendre au journalisme sa noblesse, et son pouvoir.
