
À l’occasion de la Journée internationale de la femme, l’association Nkol-Eding a ouvert un débat frontal sur les violences faites aux femmes en milieu rural. Invité comme exposant, l’Abbé Jean Pierre Tsoungui Atangana a lancé un message ferme: le silence des communautés, des chefs traditionnels et même des leaders religieux face aux violences basées sur le genre ne peut plus être toléré.
La célébration de la Journée internationale de la femme au sein de l’association Nkol-Eding n’a pas été qu’un moment symbolique. Elle s’est transformée en tribune de dénonciation contre les violences faites aux femmes, encore profondément enracinées dans certaines communautés rurales. Exposant principal de la rencontre, l’Abbé Jean Pierre Tsoungui Atangana, Curé de la Paroisse Marie Reine des Apôtres d’Edom dans le diocèse de Mbalmayo, a tenu un discours sans complaisance. Pour lui, la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) ne peut plus rester un slogan. « La lutte contre les VBG est une affaire de tous, et notamment des chefs traditionnels et des religieux », a-t-il déclaré avec fermeté.
Au cœur de son intervention, une réalité souvent passée sous silence: dans de nombreuses communautés rurales, les violences contre les femmes se déroulent à huis clos, dans l’indifférence générale. « Les traditions ont un rôle pivot à jouer dans la lutte contre les violences faites aux femmes, car c’est souvent au nom de la tradition que ces violences sont tolérées », a-t-il expliqué. Pour l’homme d’Église, la confusion entre culture et violence est l’un des grands drames de certaines sociétés. Des pratiques brutales, humiliantes ou dégradantes continuent d’être imposées aux femmes sous couvert d’us et coutumes. « Dans nos communautés, certaines femmes subissent des tortures qui n’ont absolument rien à voir avec la culture », a-t-il dénoncé. Dans les villages, poursuit-il, de nombreuses femmes vivent dans une souffrance silencieuse. Battues par leurs maris, violées parfois par des proches, humiliées ou rejetées par la communauté, elles continuent pourtant de porter la famille et l’économie locale. « En milieu rural, beaucoup de femmes sont traitées comme de simples machines à tout faire », a-t-il regretté.

Face à cette situation, l’Abbé Tsoungui Atangana interpelle directement les autorités traditionnelles. Selon lui, leur rôle dépasse largement la gestion coutumière des communautés. Ils doivent être les premiers protecteurs des plus vulnérables. « Que les chefs traditionnels prennent cela à cœur comme leur cheval de bataille. Car leur silence peut être vu sous l’angle de la complicité », a-t-il averti. Le choix des chefs traditionnels, insiste-t-il, devient donc déterminant dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Leur implication dans la sensibilisation et la protection des victimes peut transformer durablement les mentalités dans les communautés rurales. Mais l’interpellation ne s’arrête pas aux autorités traditionnelles. Les leaders religieux sont également appelés à sortir de toute posture de neutralité. Prêtres, pasteurs et imams, en raison de leur influence morale, sont des acteurs clés dans la transformation des mentalités. « Nous, religieux, sommes à la suite de Jésus et nous prêchons la dignité humaine », rappelle l’Abbé Tsoungui Atangana, évoquant l’épisode biblique de la femme adultère que l’on voulait lapider, sauvée par l’intervention du Christ. Pour lui, ce passage illustre clairement l’engagement historique de l’Église en faveur de la dignité de la femme. Dans cette perspective, le responsable religieux estime qu’aucun leader spirituel ne peut rester dans une position de neutralité face à l’injustice. « Le leader religieux ne saurait se contenter de jouer les justes milieux. Notre position est claire: la femme doit être respectée et considérée », a-t-il affirmé.
Rappelant la vision biblique de l’humanité, il souligne que Dieu a créé l’homme et la femme avec une mission commune: celle de bâtir et de transformer le monde. Dans le mariage, ajoute-t-il, la relation doit être fondée sur l’amour, le respect et la responsabilité mutuelle. Car au-delà de la sphère familiale, les violences contre les femmes constituent aussi un frein au développement des communautés. « Une femme violentée, c’est le développement rejeté. Et un homme qui violente sa femme agit contre le développement de sa localité », a-t-il lancé.

À Nkol-Eding, le message est donc clair: la lutte contre les violences faites aux femmes ne peut plus attendre. Communautés, chefs traditionnels et leaders religieux sont désormais appelés à briser le silence, à dénoncer les abus et à défendre activement la dignité de la femme. Car, conclut l’Abbé Jean Pierre Tsoungui Atangana, une société qui protège ses femmes protège son avenir. Et une communauté qui les abandonne se condamne elle-même.
Gervais Fredy M.
