À Yaoundé, la question de la représentativité féminine en politique revient au cœur des débats. Réunis du 7 au 8 avril dans le cadre d’un dialogue national, acteurs institutionnels et organisations de la société civile ont dressé un constat sans détour: malgré des progrès visibles, les obstacles à l’accès des femmes aux postes décisionnels restent profondément enracinés.
Par GFM

Organisé par CARE Cameroun en partenariat avec le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (Minproff), ce cadre d’échanges a permis de mettre en lumière les déséquilibres persistants au sein du paysage politique. Experts, responsables politiques et représentants de la société civile ont confronté leurs analyses et proposé des pistes de solutions concrètes.
Des résistances politiques persistantes.
Au cœur des discussions, un constat s’impose: les partis politiques demeurent des espaces difficilement accessibles aux femmes. « Il existe encore de véritables résistances », confie une participante. Malgré l’adoption du code électoral en 2012, les listes électorales restent majoritairement masculines. Dans les organes dirigeants, la situation est tout aussi révélatrice. Les femmes occupent rarement des postes stratégiques et sont souvent reléguées à des fonctions secondaires, sans réel pouvoir décisionnel. Une marginalisation qui traduit la difficulté à leur accorder une place de premier plan.
Un cadre juridique encore insuffisant.
Si des textes existent pour promouvoir l’égalité de genre, leur application reste limitée. L’enjeu ne réside plus seulement dans l’adoption de lois, mais dans leur mise en œuvre effective. Cette faiblesse ouvre la voie à des pratiques contestables.
Dans les scrutins de liste, certaines formations politiques se contentent du strict minimum: une seule femme, souvent placée en bas de liste. « Des femmes alibi », dénoncent plusieurs participantes, utilisées pour afficher une façade inclusive sans véritable engagement.

L’engagement de CARE Cameroun.
Face à ces blocages, CARE Cameroun se positionne comme un acteur clé de la promotion du leadership féminin. À travers des initiatives structurantes, l’organisation contribue à créer un environnement plus favorable à l’engagement des femmes en politique. La présence de son Directeur pays, Monsieur John Mubalama Kashamba, ainsi que celle de l’honorable Joséphine Simo, présidente du REPAGE, a été saluée lors des travaux.
Pour Madame Nwind Mebara, Coordinatrice technique du programme Justice Genre à CARE Cameroun, cet atelier marque une étape décisive :
« Il s’agit d’une alliance pour définir une feuille de route. Le chemin est long, mais l’objectif est clair: unir les forces pour aboutir à un avant-projet de loi capable d’ouvrir davantage les portes de la décision aux femmes compétentes. Nos institutions existent, mais elles doivent évoluer, car elles restent le reflet de nos réalités sociales. »
Le poids des normes socioculturelles.
Au-delà des contraintes institutionnelles, les pesanteurs socioculturelles continuent de freiner l’élan. Dans une société encore marquée par le patriarcat, de nombreuses femmes hésitent à se porter candidates. Le manque de soutien, parfois au sein même de l’entourage, alimente l’autocensure et le déficit de confiance en soi. Ces obstacles trouvent leurs racines dans des schémas sociaux profondément ancrés, où les rôles sont définis dès le plus jeune âge. « La femme est encore perçue comme devant jouer un rôle secondaire », résume une participante

Pour les participants, une conclusion s’impose: sans réformes profondes et sans transformation des mentalités, les avancées resteront limitées. Cependant, les échanges engagés à Yaoundé laissent entrevoir une dynamique nouvelle. À terme, ils pourraient contribuer à bâtir une gouvernance politique plus inclusive, où les femmes occuperaient enfin la place qui leur revient.
