L’initiative portée par Nko’o Zibi Emmanuel entend redéfinir les contours du mérite scolaire. Désormais, la note ne saurait suffire à elle seule: discipline, comportement et sens des responsabilités s’imposent comme des marqueurs d’une excellence appelée à préparer les jeunes aux exigences du monde professionnel.
Par Céline Claire NA

Et si l’excellence ne se mesurait plus uniquement à l’aune des notes ? À Meba, dans l’arrondissement de Zoétélé, cette interrogation prend une résonance particulière avec le Prix de l’Excellence NZE, initiative du promoteur Nko’o Zibi Emmanuel. À travers cette action, le promoteur entend rompre avec une conception réductrice du mérite, qui ferait de la seule performance académique le baromètre de la réussite. Son ambition est plus large: faire émerger, dès le milieu scolaire, des jeunes capables d’allier savoir, savoir-faire et savoir-être. Une démarche qui, dans le contexte actuel, apparaît comme une nécessité. Car l’école n’est pas seulement le lieu où s’acquièrent des connaissances. Elle constitue également le creuset où se forgent les comportements, les valeurs et les aptitudes qui détermineront, demain, la capacité d’un individu à s’insérer dans la société et dans le monde du travail.
Pour Nko’o Zibi Emmanuel, la question ne souffre d’aucune ambiguïté.«Il est inadmissible qu’un enfant désordonné, désobéissant et réfractaire à la discipline soit excellent sur le critère de la note. Il faut bâtir des modèles dès la base et construire l’avenir sur du roc. » Une position qui trouve un écho favorable auprès de plusieurs acteurs de la communauté éducative. Dans un environnement où certains apprenants tendent parfois à s’affranchir des règles, parfois avec la complaisance de certains parents, l’initiative entend rappeler que l’intelligence et la performance académique ne sauraient constituer un blanc-seing comportemental.

Le message est d’autant plus pertinent que la vie professionnelle obéit à des critères multiples. Un agent de l’État, observateur de cette dynamique, relève ainsi qu’un individu peut se montrer particulièrement brillant sur le plan intellectuel et néanmoins compromettre ses chances en raison d’un comportement approximatif, indiscipliné ou déviant. À compétences comparables, voire dans certaines circonstances à compétence technique inférieure, un profil faisant preuve de rigueur, de discipline, de fiabilité et d’exemplarité peut être privilégié. Le monde professionnel ne récompense donc pas exclusivement ce que l’on sait faire ; il s’intéresse également à la manière dont on le fait, à l’attitude que l’on adopte et à la confiance que l’on inspire. C’est dans cette perspective que l’initiative de Nko’o Zibi Emmanuel est saluée: en associant la note au comportement, elle donne aux jeunes une meilleure compréhension des réalités auxquelles ils seront confrontés au-delà des murs de l’école.
Cette conception du mérite n’est pas restée au stade du discours. Sur plus de 300 bénéficiaires du Prix de l’Excellence NZE, 20 apprenants pourtant promus en classe supérieure ont vu leur prime annulée pour comportement inapproprié. La mesure est lourde de signification. Elle traduit la volonté du promoteur de ne pas dissocier récompense et exemplarité. Dans la même logique, Nko’o Zibi Emmanuel a exhorté les responsables d’établissements à faire avancer en classe supérieure les élèves ayant obtenu une moyenne supérieure ou égale à 10/20, afin de promouvoir l’effort et de conforter la culture du mérite. L’objectif est clair : encourager l’élève à rechercher non seulement la performance, mais également la constance dans l’effort, la discipline et la responsabilité.
La construction de cette nouvelle culture de l’excellence passe également par une redéfinition du rôle des différents acteurs de l’éducation. Nko’o Zibi Emmanuel appelle notamment les parents à davantage de responsabilité dans l’encadrement de leurs enfants. Il les invite à faire confiance aux enseignants et à leur permettre d’exercer leur mission pédagogique avec l’autorité et la liberté nécessaires. Car l’éducation ne peut être efficace lorsque les responsabilités sont constamment confondues ou que l’autorité de l’enseignant est fragilisée. Un engagement qui dépasse la récompense des élèves. Conscient des difficultés matérielles auxquelles sont confrontés les établissements et leurs personnels, Nko’o Zibi Emmanuel a constitué un paquet minimum de fournitures scolaires et didactiques destiné aux établissements primaires et secondaires.

Des cartons de formats, des craies, des stylos, des registres ainsi que d’autres outils pédagogiques ont ainsi été mis à disposition. Les encadreurs ont également bénéficié d’un accompagnement individuel, chacun ayant reçu une enveloppe destinée à soutenir leur engagement et à contribuer à l’amélioration de leur moral. Une manière de rappeler que l’excellence des élèves dépend aussi des conditions dans lesquelles ceux qui les encadrent accomplissent leur mission. Serge Ada : « Nous croyons qu’il s’agit d’une chance » Au Lycée de Meba, l’initiative est accueillie favorablement. Enseignant de mathématiques, Serge Ada mesure l’importance du soutien apporté par les élites aux établissements scolaires. « Le lycée de Meba comme d’autres a des demandes. Mais seul le gouvernement, ce n’est pas possible. Ainsi, avec l’engagement des élites à l’instar de Nko’o Zibi Emmanuel, nous croyons qu’il s’agit d’une chance.» L’enseignant apprécie notamment l’évolution du dispositif, qui, de trois primes par classe, s’est élargi à l’ensemble des élèves promus de l’établissement. « C’est un effort à encourager et surtout à reconnaître l’impact. Nous invitons toutes les élites à se mettre dans le mouvement.» Un appel qui traduit une attente plus large: celle de voir davantage de forces vives s’engager aux côtés de l’État pour accompagner le système éducatif.
Les appréciations recueillies ne masquent toutefois pas certaines préoccupations. Des parents invitent notamment le promoteur à étendre sa réflexion aux enseignants vacataires, dont certains exercent dans des conditions précaires et connaissent parfois des irrégularités dans le paiement de leurs rémunérations. Une situation qui, au-delà de la condition sociale de l’enseignant, interpelle directement la qualité de l’encadrement pédagogique. « Un encadreur sans son dû, ce sont les enfants voués à la perte », estime un parent. Pour les bénéficiaires, le Prix de l’Excellence NZE représente également un soutien tangible aux familles. Eba Awoumou René Benjamin, lauréat du CAP, session 2025-2026, ne cache pas sa reconnaissance: « J’ai bénéficié d’un sac neuf, où j’ai trouvé des cahiers de travaux pratiques, des règles, des stylos, une gomme et un crayon. Avec ces outils, la tâche est moins lourde pour mes parents et je peux commencer l’école tranquillement.

Je dis merci au promoteur, tonton Emmanuel, et prie pour lui.»
Former des élèves, mais surtout des modèles.
À Meba, la 10e édition du Prix de l’Excellence NZE se présente ainsi comme bien davantage qu’un mécanisme de récompense scolaire. Il porte une ambition éducative: réconcilier performance et exemplarité, intelligence et discipline, réussite individuelle et responsabilité collective. Le message porté par son promoteur s’inscrit dans une réalité que le monde professionnel rappelle quotidiennement : les opportunités ne sont pas toujours accordées au plus brillant, mais souvent à celui qui, en plus de ses compétences, sait faire preuve de rigueur, de loyauté, de discipline et de professionnalisme. En choisissant d’intégrer le comportement aux critères de l’excellence, Nko’o Zibi Emmanuel entend donc préparer les apprenants de Meba à saisir davantage de chances demain. Car l’excellence véritable ne réside pas seulement dans la hauteur d’une note. Elle se mesure aussi à la qualité de l’homme ou de la femme que cette note contribue à former.
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