Alors que les élèves camerounais ont repris le chemin des classes le 7 septembre, une cérémonie de remise de dons scolaires organisée par le FEJEM via son programme First Bell Initiative doit réunir, le 19 septembre à Édéa, élèves, parents et acteurs communautaires. Plus de 150 élèves bénéficiaires sont attendus pour un budget estimé à 2.000.000 francs CFA de kits scolaires. Une opération qui entend répondre à une réalité souvent moins visible que celle du premier jour de rentrée : pour certaines familles, l’accès à l’école ne garantit pas encore les conditions nécessaires pour y apprendre.

Le 7 septembre au Cameroun, les cours ont repris. Dans les rues d’Édéa, les uniformes ont retrouvé leur place, les établissements leur animation et les matinées leur agitation familière. Pour les élèves, une nouvelle année commence. Pour les parents, une autre saison de dépenses s’ouvre. Derrière chaque enfant qui franchit le portail d’un établissement se cache une équation familiale parfois difficile à résoudre: frais de scolarité, uniformes, livres, cahiers, chaussures, matériel d’écriture et autres fournitures indispensables au quotidien scolaire. Lorsque les revenus sont limités, certains de ces besoins peuvent rapidement devenir des obstacles. C’est dans cet intervalle, entre le premier jour de classe et la réalité des semaines qui suivent, que s’inscrit l’initiative annoncée par la First Bell Initiative. Le 19 septembre, à la Maison du Parti, l’organisation doit procéder à une remise de dons scolaires au profit d’élèves issus de familles et communautés défavorisées. Les kits comprennent sacs, cahiers, fournitures d’écriture, matériel de calcul et de géométrie. La cérémonie doit également réunir des parents et différents acteurs autour d’une question qui dépasse la seule distribution de fournitures: comment créer, collectivement, les conditions permettant aux enfants de rester à l’école et d’y apprendre dans de meilleures conditions?
La rentrée ne s’arrête pas au premier jour.
Une fois les cours commencés, les écarts de conditions réapparaissent. Certains élèves disposent de tout le matériel nécessaire quand d’autres doivent composer avec des fournitures incomplètes ou usées. Or, dans une salle de classe, ces différences matérielles peuvent progressivement peser sur le rapport de l’enfant à l’école, sur sa participation et sur son sentiment d’appartenance. La remise de dons du 19 septembre intervient donc volontairement après la rentrée. Ce calendrier est en lui-même révélateur d’une approche: ne pas considérer l’aide scolaire comme un simple geste ponctuel destiné à accompagner la veille de la rentrée, mais comme un soutien qui peut intervenir lorsque les besoins deviennent concrets. Les fournitures ne résoudront évidemment pas à elles seules les difficultés auxquelles peuvent être confrontées les familles. Mais elles peuvent supprimer un obstacle immédiat. Et, dans le parcours d’un enfant, les petits obstacles ont parfois une importance disproportionnée.
Un geste matériel, un enjeu collectif.
La First Bell Initiative présente cette action comme un moment de solidarité autour de l’éducation. Le choix d’associer les parents et la communauté à la cérémonie donne à l’événement une portée qui dépasse la remise de kits scolaires.« Nous avons choisi d’intervenir après la rentrée parce que c’est là que les vrais besoins apparaissent », explique Bienvenue Bakaïwe, un des responsables de l’initiative. L’école est souvent pensée comme une institution séparée du reste de la société: l’enseignant dans sa classe, le parent à la maison, l’élève au centre de ces deux univers. Pourtant, la réussite scolaire dépend aussi de ce qui se passe autour de l’enfant. La disponibilité des parents, l’environnement familial, la sécurité, l’accès aux ressources, l’encouragement de la communauté et la capacité des différents acteurs à identifier les difficultés avant qu’elles ne deviennent irréversibles constituent autant de facteurs qui peuvent influencer un parcours. C’est cette responsabilité partagée que la cérémonie d’Édéa entend mettre en lumière. Le message est relativement simple : l’éducation d’un enfant ne relève pas seulement de sa famille ou de son établissement ; elle concerne aussi la communauté dans laquelle il grandit. Et c’est peut-être là que réside la portée la plus intéressante de cette initiative, placée sous la vision de Jacques Arthur MBII: rappeler que les politiques et les grands discours sur l’éducation prennent aussi corps dans des gestes très ordinaires.
Édéa, ville de jeunesse et de possibles.
Comme dans de nombreuses villes camerounaises, l’éducation constitue l’un des principaux espaces où se joue l’avenir de la jeunesse. Le Cameroun affiche un taux brut de scolarisation dans le primaire avoisinant les 90%, mais les taux d’abandon et de redoublement restent élevés, en particulier dans les zones rurales et périurbaines. L’enjeu n’est pas seulement de faire entrer les enfants à l’école. Il est aussi de leur permettre d’y rester, de progresser et de développer les compétences qui leur permettront demain de participer pleinement à la vie économique et sociale. Dans cette perspective, soutenir un élève avec des fournitures scolaires peut apparaître comme une action modeste. Mais sa valeur symbolique est plus grande. Un cahier, après tout, n’est qu’un cahier. Entre les mains d’un enfant, il devient pourtant le support de ses premières rédactions, de ses calculs, de ses erreurs corrigées, de ses progrès et parfois de ses premières ambitions. Le matériel scolaire accompagne ainsi une partie très concrète de la construction intellectuelle et personnelle.
Redonner une place à la communauté.

Le 19 septembre, la Maison du Parti d’Édéa deviendra ainsi, le temps d’une cérémonie, un espace consacré à cette idée de solidarité éducative. L’événement connaîtra le temps d’une conférence, la participation de plusieurs acteurs parmi lesquels Dr Hemes Nkwa, Présidente de l’association YOHEDA et M. Ivan Trésor Mbock, coordinateur de la Foire de l’employabilité rurale de Ngambe et du Centre Jeunes Jvepi Fomack. L’enjeu sera certes de remettre des dons aux bénéficiaires. Mais il sera aussi de rassembler autour d’une même préoccupation des personnes qui, dans leurs rôles respectifs, peuvent contribuer à l’avenir des enfants. Cette dimension communautaire est essentielle. Une initiative éducative ne produit un effet durable que lorsqu’elle s’inscrit dans un environnement capable de prolonger l’action engagée. Le rôle des parents, notamment, reste déterminant.
Après la première cloche, le temps de la continuité.
Il y a enfin quelque chose de symbolique dans le calendrier choisi. La première cloche a déjà retenti. Les enfants ont déjà repris leurs classes. Le 19 septembre ne sera donc pas une cérémonie annonçant la rentrée, mais un rendez-vous qui vient rappeler que l’accompagnement scolaire doit continuer après le premier jour. Au lieu de mesurer la réussite d’une rentrée au nombre d’enfants présents dans les établissements le premier matin, il faut aussi s’intéresser à ce qui se passe ensuite : ceux qui disposent du matériel nécessaire, ceux qui en manquent, ceux qui prennent progressivement du retard, ceux qui risquent de décrocher et ceux que le soutien de leur entourage peut aider à maintenir sur le chemin de l’école. La cérémonie organisée par la First Bell Initiative ne prétend pas, à elle seule, répondre à l’ensemble de ces défis. Elle pose cependant une question essentielle : que sommes-nous prêts à faire, collectivement, pour qu’un enfant ne soit pas limité dans son parcours scolaire simplement parce que sa famille ne peut pas tout lui offrir ?Le rendez-vous du 19 septembre apportera une réponse concrète, à son échelle.
La Rédaction (+237) 698 33 39 66
