La recrudescence des féminicides remet au premier plan l’urgence de renforcer la protection des femmes et des filles. Réunis le 30 septembre à Yaoundé sous la houlette du Secrétariat général du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, plusieurs acteurs ont posé les bases d’une réponse d’État plus ferme, cohérente et opérationnelle contre les violences basées sur le genre.
Par Gervais Fredy M

Le constat est préoccupant et appelle désormais des réponses à la mesure du phénomène. Face à la recrudescence des cas de féminicides au Cameroun, une réunion interministérielle s’est tenue ce 30 septembre à Yaoundé autour d’un enjeu majeur: renforcer les stratégies gouvernementales pour mieux prévenir les violences, protéger les femmes et les filles et lutter contre l’impunité. Au cours des échanges, le Secrétaire général du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille a rappelé la nature particulière du féminicide. « Le féminicide n’est pas qu’une violence comme les autres, c’est le point culminant d’un continuum de violences, de discriminations. C’est le meurtre d’une femme parce qu’elle est une femme », a-t-il déclaré. Une définition qui place le phénomène au cœur des préoccupations de l’action publique. Car, a-t-il poursuivi, « aucune société ne peut se dire juste, aucune politique publique ne peut se dire efficace tant que cette réalité perdure ».
Au-delà du féminicide, les participants ont également insisté sur l’ensemble des violences basées sur le genre, qu’elles soient physiques, sexuelles, psychologiques ou économiques. Ces violences constituent une violation flagrante des droits humains fondamentaux auxquels le Cameroun a souscrit. L’État a déjà consenti d’importants moyens pour tenter d’y mettre fin. Mais, malgré la diversité des mesures engagées, les réponses restent confrontées à l’ampleur et à la recrudescence des violences faites aux femmes.
L’heure est donc à une action davantage structurée. « Plus qu’une réflexion, il est question de bâtir une réponse d’État », a-t-il été relevé, une réponse qui se veut ferme, cohérente et opérationnelle. Les travaux ont ainsi porté sur cinq urgences. La première concerne la prévention, avec la nécessité de déconstruire les normes sociales qui légitiment la violence, notamment à travers l’éducation dès le jeune âge. La deuxième porte sur la prise en charge des victimes et survivantes, avec le renforcement des mécanismes d’alerte précoce, de mise à l’abri et d’accompagnement holistique. La répression constitue le troisième axe. Il s’agit de lutter contre l’impunité en garantissant une chaîne pénale rigoureuse et exemplaire. La quatrième priorité concerne la collecte des données, afin que chaque cas soit documenté, suivi et mieux pris en compte dans les réponses apportées. La coordination des efforts constitue enfin le cinquième chantier.

Elle doit permettre de renforcer la cohérence des interventions et de traduire davantage l’engagement de l’État dans la lutte contre ce fléau. Le magistrat hors hiérarchie a exhorté les participants à aborder les travaux avec rigueur et objectivité, en mettant leurs expériences, leurs connaissances et les bonnes pratiques au service d’une réponse plus efficace. Car derrière chaque cas de violence, ce sont des vies qui sont brisées et des familles qui sont durablement affectées.
Dans cette bataille, l’enjeu dépasse les seuls mécanismes institutionnels. Il est aussi question d’humanité, de responsabilité collective et de capacité à agir avant que la violence n’atteigne son point ultime. Une exigence résumée par une question appelée à guider chaque stratégie : « Est-ce que cette mesure aurait pu sauver une vie ? » C’est autour de cette interrogation que s’inscrit la réunion de réflexion consacrée au renforcement des mesures gouvernementales contre les féminicides. Une démarche qui entend faire de la protection des femmes et des filles une priorité et donner à la lutte contre les violences basées sur le genre une réponse à la hauteur de l’urgence.
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