Une morsure, une griffure ou un simple contact avec un animal infecté peut suffire à exposer une personne à la rage, une maladie dont l’issue est presque toujours fatale lorsque les symptômes apparaissent. Quelques jours après la Journée mondiale de lutte contre la rage, les vétérinaires camerounais alertent sur la divagation des chiens, l’insuffisance de contrôle de certains animaux et l’urgence de renforcer la vaccination.
Par Gervais Fredy M

Quelques jours après la célébration de la Journée mondiale de lutte contre la rage, les vétérinaires camerounais tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Dans les rues, les quartiers et les espaces publics, la présence de chiens et d’autres animaux domestiques en divagation reste préoccupante. Derrière une simple promenade sans surveillance, un animal laissé en liberté ou une morsure banalisée peut se cacher un risque sanitaire aux conséquences dramatiques: la rage.
Le 28 septembre 2026, à l’occasion de la Journée mondiale de la rage, le ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales a officiellement lancé, à la Délégation régionale du MINEPIA pour le Centre, une campagne gratuite de vaccination des animaux de compagnie. Plusieurs propriétaires ont répondu présents pour faire vacciner leurs chiens, chats et singes. Soutenue par le Programme Zoonoses, cette campagne s’étend sur un mois dans les délégations régionales du MINEPIA ainsi que dans certaines cliniques vétérinaires privées. Une mobilisation qui intervient dans un contexte où la vigilance reste de mise. La rage est une maladie virale qui se transmet principalement par la salive d’un animal infecté, notamment à travers une morsure ou une griffure. Et lorsqu’elle atteint le stade des symptômes cliniques, son issue est presque toujours fatale. C’est précisément ce caractère redoutable qui fait de la prévention une urgence.
Au Cameroun, l’un des problèmes régulièrement pointés du doigt par les professionnels est la divagation des animaux. Des chiens et chats qui circulent librement, sans surveillance ni contrôle vétérinaire, peuvent entrer en contact avec des enfants, des adultes ou d’autres animaux. Pour le Dr Ichakou Albert, président du Conseil de l’Ordre des vétérinaires du Cameroun, « la divagation des bêtes est un problème sérieux au Cameroun dans la lutte contre la rage », notamment parce que les chiens constituent un réservoir important du virus.

Le danger est d’autant plus grand que ces animaux échappent souvent au contrôle de leurs propriétaires et aux contrôles vétérinaires. Une situation qui expose non seulement les populations, mais également les pouvoirs publics à un défi permanent de santé et de sécurité. Une balade avec son animal de compagnie ne devrait donc jamais être improvisée. « Il est recommandé aux propriétaires de faire porter une muselière à leur animal, ça reste un animal », rappelle le président de l’Ordre.
Chaînes et dispositifs de contention adaptés, surveillance et respect des espaces autorisés doivent accompagner les déplacements des animaux. Car une morsure ou une griffure n’est jamais un événement à prendre à la légère. Face à une exposition potentiellement à risque, la victime doit immédiatement se rapprocher d’une structure de santé pour une prise en charge appropriée. Attendre l’apparition des symptômes peut avoir des conséquences irréversibles. La prévention passe avant tout par la vaccination. Protéger les animaux, c’est aussi protéger les hommes.
Selon les recommandations internationales, une couverture vaccinale d’au moins 70 % de la population canine permet de contribuer à interrompre le cycle de transmission de la rage. Mais la responsabilité ne commence pas seulement au moment de sortir son chien. Elle débute dès la décision d’adopter un animal. « Adopter un animal n’est pas anodin. Il faut de l’argent certes, mais également beaucoup de temps et des personnes qui peuvent s’en occuper, sa toilette, sa nutrition, etc. », insiste le Dr Ichakou Albert. Nourrir l’animal, assurer son hygiène, le faire vacciner, le soumettre régulièrement à un suivi vétérinaire et disposer d’un espace sécurisé sont autant d’exigences que les futurs propriétaires doivent anticiper.

Avant d’adopter, il faut donc se demander si l’on dispose réellement du temps, des moyens et des conditions nécessaires. Les professionnels appellent également à la prudence face à la vente d’animaux en bordure des routes. Dans ces circuits informels, l’absence de contrôle sanitaire peut compliquer la traçabilité et le suivi des animaux. Pour les vétérinaires, l’acquisition d’un animal devrait se faire dans un cadre permettant de vérifier son état de santé, son identification et ses documents sanitaires. Même précaution lorsqu’il s’agit de reproduction. Le croisement des animaux ne devrait pas être laissé au hasard. Les propriétaires sont invités à consulter un professionnel avant toute opération afin d’éviter des pratiques pouvant présenter des risques pour l’animal ou son entourage.
Au-delà des propriétaires, les vétérinaires interpellent également les autorités administratives et municipales. La lutte contre la divagation ne peut reposer sur les seuls particuliers. Elle nécessite un véritable encadrement du secteur, des règles claires et leur application effective. Le président du Conseil de l’Ordre des vétérinaires du Cameroun plaide notamment pour un renforcement de la législation sur la vente et l’exportation des chiens. Certaines catégories de chiens peuvent présenter des risques particuliers et leur détention, leur circulation et leur commercialisation nécessitent un encadrement adapté.
Pour les professionnels, le Cameroun gagnerait à renforcer son dispositif réglementaire afin de limiter les accidents et mieux protéger les populations. Les conséquences d’une mauvaise gestion des animaux peuvent en effet être irréparables. Des attaques mortelles, comme celle rapportée dans la Sanaga-Maritime, rappellent brutalement que derrière l’animal domestique se trouve aussi un animal qui doit être encadré et surveillé. La rage, elle, ne laisse guère de place à l’improvisation. Une fois les symptômes apparus, la maladie est presque toujours mortelle. Pourtant, elle peut être prévenue. La vaccination des animaux, la responsabilité des propriétaires, le contrôle vétérinaire, l’encadrement de la vente et la lutte contre la divagation constituent autant de barrières contre sa propagation. Alors que la campagne gratuite de vaccination se poursuit dans plusieurs régions du pays, le message des vétérinaires est sans ambiguïté: faire vacciner son animal, ce n’est pas seulement le protéger. C’est aussi protéger sa famille, son voisinage et l’ensemble de la communauté. Face à la rage, quelques gestes de prévention peuvent faire la différence entre une simple promenade et un drame irréparable. La vigilance, elle, ne doit pas attendre la prochaine Journée mondiale de la rage.
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