La suspension de Vision 4 pour un mois, décidée le 29 septembre 2026 par le Conseil national de la communication, ne semble pas avoir sonné la fin des hostilités. Entre sanction du régulateur, riposte du groupe L’Anecdote, maintien des programmes sur un autre canal et contestations dans l’opinion, le dossier prend désormais les allures d’un véritable bras de fer.
Par Christian Atobo

Le match entre le Conseil national de la communication (CNC) et Vision 4 est loin d’être plié. En décidant, le 29 septembre 2026, de suspendre la chaîne pour une durée d’un mois, le régulateur a franchi un nouveau palier dans un dossier qui traîne depuis plusieurs mois. En face, le groupe L’Anecdote ne donne visiblement aucun signe de vouloir baisser pavillon. La bataille se poursuit, cette fois sur plusieurs fronts.
Pour justifier sa décision, le CNC renvoie notamment à un reportage diffusé le 2 juin 2026 et à l’exécution contestée d’une précédente décision du Conseil. Le régulateur évoque également des propos tenus lors de l’émission « Club d’Élites » du 30 août, qu’il considère comme mettant en cause son autorité. À cela s’ajoute la non-présentation de responsables de Vision 4 à des convocations, après plusieurs reports. Autant d’éléments que le CNC présente comme les fondements de la sanction. Mais sur le terrain, la télévision continue.
Dans une communication attribuée à la division de la communication du groupe, Jean-Marie Mbala invite téléspectateurs et partenaires à effectuer un simple changement de canal pour retrouver les programmes sur le canal 531. Le message est clair: changer de fréquence, pas de cap. Les émissions se poursuivent, les animateurs sont toujours à l’antenne et les mêmes programmes continuent de rythmer l’antenne, comme pour signifier que la suspension de Vision 4 ne suffit pas à interrompre l’activité éditoriale du groupe.
Cette stratégie de contournement apparent de la suspension alimente forcément le débat. Jusqu’où peut aller le régulateur ? Quelle est exactement la portée juridique d’une suspension ? Et surtout, le CNC a-t-il compétence pour interrompre le signal d’une chaîne ou sa décision porte-t-elle sur l’autorisation d’exercer de l’organe de presse ? La question est désormais posée publiquement, notamment par François Tafeu Bikoro, qui appelle à la levée de la sanction et met en discussion les prérogatives du régulateur. Pendant ce temps, d’autres voix s’inquiètent des conséquences humaines de cette confrontation. Le chef d’entreprise et élu Raymond Materne Mekamba Mekamba attire l’attention du régulateur sur les familles qui dépendent, directement ou indirectement, de l’activité de la chaîne.
Derrière les décisions administratives, les communiqués et les passes d’armes, il y a en effet des salariés, des prestataires et tout un environnement économique dont l’activité peut être affectée par une interruption prolongée. Le groupe L’Anecdote pourrait-il, à son tour, engager une bataille judiciaire contre Canal+ et contester la décision du CNC ? La question circule déjà dans le débat public. Une éventuelle procédure permettrait alors de déplacer le duel du terrain médiatique vers celui du droit, où seraient examinées la compétence du régulateur, la nature de la sanction et ses modalités d’application.
Pour l’heure, le bras de fer est bel et bien engagé. Le CNC brandit son pouvoir de régulation. Vision 4 maintient sa présence auprès de son public par d’autres moyens. Des leaders d’opinion demandent la levée de la sanction. D’autres mettent en avant les conséquences sociales de la crise. Et au milieu de cette bataille, une interrogation demeure: où s’arrête le pouvoir du régulateur et où commence celui du média sanctionné ? La réponse pourrait désormais ne plus se trouver uniquement sur les plateaux de télévision. Elle pourrait se jouer devant les juridictions compétentes. Une chose est certaine : le dossier Vision 4-CNC n’a pas encore livré son dernier épisode.
La Rédaction: (+237) 676 26 12 02
