À Sangmelima, une semaine d’hommage redonne à l’Église camerounaise l’image complète d’un évêque au parcours remarquable, alliant exigence spirituelle, audace pastorale et engagement éducatif.
La ville de Sangmelima dans le département du Dja et Lobo région du Sud, rend actuellement un vibrant hommage littéraire à Mgr Raphaël Marie Ze, évêque émérite dont l’épiscopat fut longtemps méconnu ou réduit à des jugements partiels. À l’initiative de son successeur, Mgr Christophe Zoa, cette commémoration ne se contente pas de revisiter une trajectoire ecclésiale : elle révèle la vision profonde et les œuvres structurantes d’un homme d’Église dont l’héritage demeure étonnamment contemporain.
Un pasteur proche, exigeant et fécond.
Les premiers témoignages, recueillis au centre culturel Mbolo’o le 1er septembre, ont dressé le portrait d’un évêque attentif et proche de son peuple. Loin d’un gouvernement distant, Mgr Ze visitait longuement les paroisses, vivant au rythme des fidèles, écoutant, partageant, priant. Son style pastoral incarné et son souci constant de la dignité du clergé ont permis une explosion des vocations sacerdotales sous son mandat.
« Il n’ordonnait jamais par complaisance », témoigne l’abbé Jean Marie Mvoundi, soulignant la rigueur d’un formateur de prêtres qui voyait dans chaque vocation un appel sacré à protéger, non une statistique à gonfler.
Un bâtisseur d’unité et de savoir.
La dimension visionnaire de Mgr Ze s’est également exprimée dans son engagement pour le dialogue interreligieux. Évoqué par Mgr Justin Ngo’o Mbita comme un « pionnier de l’œcuménisme », il collabora avec des pasteurs protestants pour traduire la Bible en langue Bulu et manifesta un respect sincère pour la communauté musulmane, n’hésitant pas à se déchausser pour entrer dans une mosquée.
Mais c’est surtout dans le domaine de l’éducation que son empreinte reste la plus tangible. Porté par la conviction que « la jeunesse bien formée est le pilier de demain », il initia ou soutint la création de nombreuses écoles, parfois au prix de lourds sacrifices personnels, y compris face à des obstacles financiers et juridiques.
Un message qui dépasse le cadre religieux.
Le symbole fort de cette semaine d’hommage est venu du ciel : une pluie inattendue, tombée après des semaines de sécheresse, au tout début de la cérémonie. Dans la tradition bantoue, elle est interprétée comme une bénédiction, signe que le temps est venu de redécouvrir une vérité jusqu’ici voilée.
Plus qu’un hommage posthume, cette relecture de l’œuvre de Mgr Raphaël Marie Ze redonne à l’Église du Cameroun un repère solide. Elle repositionne son action dans les débats actuels : formation de la jeunesse, cohésion interreligieuse, dignité du clergé et gouvernance spirituelle enracinée dans le réel.
À l’heure où les Églises africaines cherchent des modèles d’impact et de fidélité, Mgr Ze émerge comme une figure phare. Non pas un souvenir à célébrer, mais une inspiration à suivre.
Céline Claire Ngono Akoum
