Le meeting de lancement de la campagne électorale, tenu ce samedi à Ebolowa en présence des élites régionales, des forces vives et du Gouverneur, devait être un moment d’unité, de mobilisation et d’exemplarité. Il restera pourtant dans les mémoires comme un nouveau chapitre d’une exclusion devenue banale: celle de la presse du Dja et Lobo.
Alors que ce département compte une dizaine d’organes de presse actifs et engagés, seul Zen Radio a été convié à cette cérémonie politique pourtant présentée comme régionale. Une sélection à la logique douteuse, qui a de nouveau relégué les autres médias à l’instar d’Impact Échos, Arnaud TV, Paysan Info et « Panel Hebdo » présent au rang de simples spectateurs, voire d’inexistants.
Ce traitement inégalitaire ne relève plus de l’exception: il s’inscrit dans une pratique bien rodée. Une habitude sourde mais destructrice qui continue de creuser le fossé entre les composantes d’une même région. Pire encore, elle alimente un sentiment d’exclusion qui menace directement l’idéal d’unité et de participation que toute campagne électorale prétend incarner.
La situation est d’autant plus choquante que, selon les déclarations de George Nji, entité de la commission d’organisation dirigée par Berthe Mballa, une vingtaine de médias auraient été intégrés « dans les imprévus » une formule floue qui, une fois de plus, n’a laissé aucune place au Dja et Lobo, pourtant cœur vivant de la région du Sud.
Mais sur quels critères objectifs ces invitations ont-elles été adressées ? Quel quota par département a été appliqué s’il y en avait un ? Qui a décidé que les médias du Dja et Lobo ne méritaient pas d’être associés à cet événement ? Ces zones d’ombre posent un sérieux problème de transparence dans un processus censé rassembler au-delà des clivages.
Et c’est dans ce contexte qu’un perdiem de 20 000 FCFA a été remis à quelques représentants ignorés. Un montant dérisoire, perçu comme le symbole d’un mépris institutionnalisé, une manière de « faire semblant », sans jamais véritablement reconnaître la légitimité des médias locaux. Pour plusieurs observateurs, c’est le « perdiem de la honte », celui de la division.
Au-delà du simple incident protocolaire, c’est la persistance de ces méthodes qui interroge. Pourquoi continuer à orchestrer des événements régionaux à l’image faussement inclusive, quand certains territoires sont systématiquement exclus ? Pourquoi saboter, par des choix partisans, les efforts d’unité et d’équilibre régional ?
En s’autorisant même à dénigrer ouvertement la presse du Dja et Lobo, George Nji, propulsé au-devant de la scène pour quelques minutes grâce aux faveurs de l’organisation, n’a fait qu’aggraver la fracture. Son attitude traduit une conception dangereuse de l’espace public, où la loyauté remplace la compétence, et où l’inclusion devient une option, non une obligation.
Ce meeting, pourtant censé donner le ton de l’exemplarité nationale, laisse donc un goût amer. Il envoie un signal contraire à l’esprit d’ouverture et d’égalité pourtant prôné par le Ministre d’État Jacques Fame Ndongo, qui avait pourtant appelé à « mobiliser et ratisser large ».
Jusqu’à quand faudra-t-il que la presse du Dja et Lobo justifie sa légitimité dans sa propre région ? Faut-il comprendre qu’à défaut d’être logé dans la Mvila, un média n’a plus droit de cité dans les grands rendez-vous politiques du Sud ?
La répétition de ces pratiques ne fera qu’aggraver les tensions, nourrir les frustrations et affaiblir l’image d’une région qui se veut forte, unie et exemplaire. Si la campagne électorale est un test de maturité démocratique, alors il est temps de revoir les copies, de clarifier les critères de participation et de réapprendre à traiter chaque territoire avec équité, respect et considération.
L’œil du cyclone
