Au Cameroun, les violences basées sur le genre (VBG) ne faiblissent pas. Pis encore, les chiffres dévoilés par le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille lors du lancement de la campagne des 16 jours d’activisme contre les VBG en 2025 dressent un portrait alarmant, presque dérangeant, d’une réalité qui persiste dans les foyers, les communautés et les zones les plus fragilisées du pays.
Les données sont sans appel : 39 % des femmes et 42 % des hommes déclarent avoir subi des violences physiques. Une violence silencieuse mais omniprésente qui s’installe dans les relations familiales comme un mode d’expression normalisé. Sur le plan émotionnel, 22,4 % des femmes reconnaissent avoir été victimes d’abus psychologiques. Plus inquiétant encore, 7 % des femmes enceintes rapportent subir des violences durant leur grossesse, période où la protection devrait être maximale.
À cette réalité s’ajoute la violence sexuelle, qui touche 13 % des femmes et 6 % des hommes, un chiffre probablement sous-estimé tant le tabou autour du sujet reste puissant. Certaines régions se démarquent tristement par des taux particulièrement élevés : le Centre, le Sud-Ouest, l’Ouest et le Nord-Ouest figurent parmi les zones les plus touchées. Les victimes appartiennent souvent à des groupes rendus vulnérables par leur situation: adolescentes et adolescents, personnes déplacées internes, veuves, femmes peu instruites… autant de profils exposés à la violence faute de ressources, de protection ou simplement de voix.
Les spécialistes rappellent que les VBG ne se limitent pas aux coups. Elles se déclinent en six facettes souvent imbriquées: violences sexuelles, physiques, psychologiques, économiques, sociales et pratiques culturelles néfastes un éventail de souffrances trop souvent normalisées au nom de traditions ou de rapports de force ancrés. Pourtant, en dépit de l’urgence, les défis persistent. L’accès à des services gratuits, intégrés et confidentiels reste limité. Les données sont fragmentées, la coordination insuffisante, et le manque de financement durable freine la mise en place de solutions solides.
À cela s’ajoute une barrière tenace : la stigmatisation. Beaucoup de survivantes et survivants préfèrent se taire plutôt que de s’exposer au jugement ou au rejet, contribuant à un faible taux de signalement qui fausse la perception de l’ampleur réelle du phénomène. L’année 2025, marquée par une analyse approfondie de la situation, agit comme un électrochoc. Elle rappelle que si les efforts engagés ont permis des avancées, ils restent insuffisants face à la réalité du terrain. Le Cameroun se trouve aujourd’hui à un tournant : renforcer la prévention, améliorer la prise en charge, harmoniser la coordination des acteurs et surtout placer les survivantes et survivants au centre de toutes les interventions.
Car derrière les statistiques, il y a des vies, des visages et des histoires brisées. Et l’une des questions demeure : combien de temps encore le pays acceptera-t-il que ces violences restent une normalité silencieuse ?
Ghislain ler David AME.
