Garoua 2ème : Le Pari du Développement par l’Autonomie Financière
À l’heure où les collectivités territoriales camerounaises cherchent le second souffle de leur autonomie financière, la Commune d’Arrondissement de Garoua 2ème opère une mue doctrinale audacieuse. En consacrant plus de 66 % de son budget 2026 à l’investissement massif, l’exécutif municipal s’écarte de la gestion prudente pour amorcer une stratégie de « fiscalité de développement ». Entre valorisation foncière, acquisition d’équipements souverains et pédagogie de l’impôt, décryptage d’un modèle qui entend transformer chaque kilomètre de bitume en levier de croissance autonome et briser, enfin, le plafond de verre de la dépendance étatique.
Par une analyse fine de ses prévisions pour l’exercice 2026, la Commune d’Arrondissement de Garoua 2ème s’affirme comme un laboratoire de la performance publique locale. Entre volontarisme infrastructurel et mue sociale, l’exécutif municipal dessine les contours d’une gouvernance qui refuse l’inertie.
Le 15 décembre dernier, dans la solennité de la Salle des Actes, le Conseil municipal ne s’est pas contenté de sacrifier au rituel républicain du vote budgétaire. Sous la présidence de son Exécutif, l’assemblée a acté une mutation structurelle : le passage d’une administration de gestion à une administration de mission. Avec une enveloppe de 1 245 956 466 FCFA, adoptée à l’unanimité, la municipalité s’offre désormais les moyens de ses ambitions.
Le Sacre de l’Investissement Productif
L’analyse froide des agrégats macro-économiques de ce budget révèle une audace rare dans le paysage des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD). Consacrer 66,29 % des ressources à l’investissement n’est pas qu’une simple conformité aux directives du MINDDEVEL ; c’est un choix politique fort.
En portant l’enveloppe des infrastructures à 640 millions FCFA (une hausse de 41 % par rapport à l’exercice précédent), Garoua 2ème fait le pari de la croissance par l’équipement. L’acquisition d’engins de génie civil est ici le pivot de la stratégie : elle permet de s’affranchir de la dépendance coûteuse aux prestataires extérieurs tout en créant une niche de recettes propres. C’est la mise en œuvre locale de la « théorie de l’offre ».
L’Impératif Social : Au-delà du Bitume
Le journalisme politique nous enseigne que le budget est le miroir de l’âme d’une cité. Si les routes et les canalisations occupent le devant de la scène, la rigueur des conseillers municipaux a permis de mettre en exergue les zones d’ombre du précédent exercice, notamment la sous-exécution des lignes dédiées aux populations vulnérables.
L’adoption de la Délibération n°54 sur la stratégie genre 2025-2026 et l’instauration d’une assurance maladie pour le personnel marquent un tournant humaniste. On quitte ici la charité ponctuelle pour entrer dans l’ère des droits sociaux institutionnalisés. C’est une réponse directe aux défis de la SND30, intégrant l’équité comme levier de stabilité sociale.
Vers un « New Management » Local
L’un des enseignements majeurs de cette session réside dans l’ouverture vers le Partenariat Public-Privé (PPP). La gestion déléguée des tricycles de transport public témoigne d’une volonté de moderniser le service sans alourdir la machine bureaucratique. Toutefois, l’expertise commande de rester vigilant. La performance de ce budget reste tributaire de deux variables critiques :
Le Capital Humain : L’internalisation des réformes nécessite des cadres rompus à la fiscalité locale et aux statistiques pour transformer le potentiel en recettes réelles.
L’Intelligence Territoriale : La synergie avec la Communauté Urbaine de Garoua est impérative pour éviter les chevauchements de compétences, notamment sur la gestion des déchets et du foncier.
Au final, Garoua 2ème se positionne comme un navire amiral de la décentralisation dans la région du Nord. Le budget 2026 n’est pas un catalogue de promesses, mais un instrument de pilotage stratégique. Le défi ne réside plus dans l’incantation budgétaire, mais dans la capacité de l’exécutif à transformer ces chiffres en bien-être palpable.
Garoua 2ème ne se contente plus de gérer l’existant ; elle parie sur un futur où l’impôt ne sera plus perçu comme une ponction, mais comme un investissement partagé. Si le bitume est le corps de cette réforme, la rigueur de gestion en est l’âme. Le succès de cet exercice 2026 sera donc le véritable test de maturité pour la décentralisation locale : prouver qu’une commune peut, à force d’audace et de transparence, s’extraire de la tutelle de la providence pour devenir l’architecte souverain de son propre destin. À Garoua, le rendez-vous avec l’émergence n’est plus un slogan, c’est désormais une ligne budgétaire.
GAËL TSALA NKOLO
