Sous l’azur imperturbable du Nord-Cameroun, une rumeur industrielle vient désormais couvrir les bruits séculaires de la plaine de la Bénoué. L’inauguration, par le Ministre Gabriel Mbaïrobe, de l’unité de transformation de la société MOUFAD AGRO-INDUSTRY SARL, ne doit pas être lue comme un simple fait divers inaugural. C’est une rupture épistémologique dans notre modèle de développement : le passage d’une agriculture de cueillette à une puissance de transformation.
L’Exorcisme du « Paradoxe de la Bénoué ».
Le bassin rizicole du Nord a longtemps été le théâtre d’une tragédie structurelle. Malgré des terres d’une générosité rare, la région subissait le supplice de Tantale : une abondance de paddy, mais une indigence de moyens pour le valoriser. Les pertes post-récolte, véritables hémorragies économiques dépassant les 20 %, condamnaient les paysans à une précarité systémique.
L’émergence du riz « Malika » agit ici comme un catalyseur de résilience. Avec une capacité de traitement de 18 000 tonnes par an, l’unité pilotée par Moussa Halid Fadil ambitionne d’absorber 40 % de la production locale. Plus qu’une usine, c’est un poumon financier qui promet de gonfler les revenus des producteurs de 30 %. En captant la valeur ajoutée là où elle naît, MOUFAD AGRO-INDUSTRY répare une anomalie historique et redonne au paysan sa dignité d’acteur économique.
L’Alchimie de l’Étuvage : La Science au Service du Bol.
L’un des traits de génie de ce projet réside dans son ingénierie nutritionnelle. En optant pour la technologie de l’étuvage (parboiling), « Malika » opère une migration moléculaire : les nutriments de l’enveloppe sont transférés au cœur du grain par un procédé hydrothermique.
Le diagnostic de l’expert : « Nous sortons de l’ère du riz « calorie vide » pour entrer dans celle du riz « protecteur ». Avec un index glycémique réduit et une densité vitaminique préservée, le riz Malika devient un allié de santé publique contre les maladies métaboliques urbaines. »
L’Équation de la Compétitivité : Terroir vs Taxonomie.
Le riz « Malika » peut-il terrasser le géant asiatique ? Derrière l’enthousiasme se cache une réalité arithmétique complexe. Si le coût de production au champ reste un défi, la riposte s’articule autour de trois leviers :
Le Bouclier Fiscal : Là où le riz importé subit le Tarif Extérieur Commun et la TVA, le riz local bénéficie d’une exonération stratégique, absorbant ses coûts de production initiaux plus élevés.
L’Efficience Industrielle : En tombant sous les 5 % de pertes grâce au tri optique, l’usine optimise chaque grain. La valorisation des sous-produits (sons, balles) stabilise le prix final. La Logistique de Proximité : Face aux 10 000 km du riz thaïlandais, Malika joue la carte du « circuit court » et de la fraîcheur organoleptique, transformant le patriotisme économique en acte de consommation rationnel.
L’Algorithme de la Souveraineté : L’Impact des Intrants.
La véritable bataille de la compétitivité se joue désormais en amont. Dans un contexte où les engrais représentent 40 % des charges d’exploitation, toute fluctuation du prix du NPK engendre un effet de souffle. Nos simulations sont sans appel : une baisse ciblée de 20 % du coût des engrais ferait chuter le prix du sac de 50 kg de 19 000 FCFA à 18 000 FCFA.
À ce niveau de prix, l’écart avec le riz importé (22 000 FCFA) devient un fossé infranchissable pour la concurrence étrangère. Le riz de Garoua ne se contente plus de concurrencer l’Asie ; il la bannit des tables nationales par la force brute du tarif.
Un Modèle de Décentralisation Économique.
L’usine de Sanguéré est la preuve que la « décentralisation de seconde génération » n’est pas qu’un slogan administratif ; elle est une souveraineté industrielle régionale. En créant de la valeur au village, MOUFAD AGRO-INDUSTRY fixe les talents, sécurise 3 000 familles et sédentarise la richesse.
L’heure n’est plus aux lamentations sur le climat, mais à la célébration de l’ingéniosité. Sanguéré n’est qu’une première pierre, mais elle dessine déjà le visage d’un Nord conquérant, fier de nourrir la nation tout en irriguant son propre terroir de prospérité.
GAËL TSALA NKOLO
