Alors que le rideau s’est levé ce lundi 22 décembre 2025 sur le Mini Comice Agropastoral du Nord, une évidence s’impose : l’image d’Épinal de l’agriculteur de subsistance appartient au passé. À Garoua, le « produire camerounais » n’est plus un slogan politique, mais une réalité industrielle portée par une jeunesse audacieuse et des champions comme Malika Rice.
L’agriculture camerounaise a longtemps souffert d’un cliché tenace : celui d’une voie de garage pour une jeunesse en manque d’alternatives. Mais sous les chapiteaux de la Délégation régionale du Nord, ce récit suranné vole en éclats. Ce que les visiteurs découvrent, ce n’est pas une simple foire agricole, c’est le laboratoire de la souveraineté alimentaire du Cameroun.
La métamorphose : du « travailleur du sol » au « créateur de valeur ».
Pour cette nouvelle génération d’exploitants, ces événements sont de véritables incubateurs. En se confrontant aux exigences du marché et à la concurrence, le producteur isolé opère une mue psychologique capitale. Il ne se voit plus comme un simple paysan, mais comme un chef d’entreprise.
L’exemple le plus frappant de cette mutation est sans doute celui de Moufad Agro Industry. Avec sa marque phare, Malika Rice, l’entreprise redéfinit les standards. « Notre riz n’est pas qu’une denrée, c’est une réponse à l’insécurité alimentaire », explique Moussa Halid Fadil,Président Directeur Général de l’entreprise. « Derrière chaque sac, il y a la sueur de centaines de producteurs de Lagdo et de Sanguéré avec l’inauguration de l’unité de transformation de Moufad Agro Industry par le Ministre Gabriel Mbaïrobé le 20 décembre dernier dans l’arrondissement de Garoua 3ème . Nous ne sommes plus dans l’artisanat de fortune ; nous sommes dans l’agro-industrie de précision. »
L’esthétique et la technologie au service du goût.
Longtemps, le riz local a traîné une réputation de produit « impur », parsemé de cailloux. Un frein psychologique que les agro-entrepreneurs du Nord ont décidé de briser par l’investissement technologique. « Le consommateur achète d’abord avec ses yeux. Chez Moufad, nous avons investi dans des trieuses optiques et des polisseuses de dernière génération », précise-t-on sur le stand. En proposant un riz « deux fois poli » dans un packaging attrayant, l’objectif est clair : prouver que le grain camerounais est aussi long, propre et savoureux que celui importé d’Asie, avec l’atout cœur de la proximité en plus.
Une chaîne de solidarité territoriale.
Cette réussite n’est pas celle d’un homme seul, mais d’un écosystème. Moufad Agro Industry S.A.R.L travaille en symbiose avec les coopératives locales. Le deal est simple et efficace : l’industriel garantit l’achat des récoltes sécurisant ainsi les revenus des paysans et en échange, les producteurs s’engagent sur un itinéraire technique strict pour garantir un paddy de qualité supérieure. Cette solidarité est aujourd’hui le principal moteur de création d’emplois pour les jeunes de la région.
Les défis de l’ambition : Énergie et Logistique.
Malgré cet optimisme, la route vers la souveraineté totale est encore semée d’embûches. Pour que le riz de Garoua nourrisse le pays, de Maroua jusqu’à Kyé-Ossi, deux leviers doivent être actionnés :
L’énergie : La transformation industrielle exige une puissance électrique constante et stable.
Le transport : Pour être compétitif face aux importations massives du port de Douala, les coûts logistiques doivent chuter. Le Mini Comice de Garoua fait office de vitrine, mais il se veut aussi un signal fort envoyé aux investisseurs et aux pouvoirs publics pour accélérer le développement des infrastructures.
Un appel à la terre 2.0
« Regardez ces sacs ! L’or blanc du Nord, c’est le riz », s’exclame un exposant, fier de présenter sa récolte. Le message envoyé à la jeunesse est limpide : la terre ne trahit jamais, à condition d’être traitée avec professionnalisme. Aujourd’hui, l’agriculture se gère avec une calculatrice et un esprit d’entreprise, bien loin de l’image archaïque de la houe et de la pénibilité.
En ouvrant ce rendez-vous, le Gouverneur de la région du Nord a rappelé que le Septentrion réaffirmait son statut de grenier de la nation. Dans les allées de Garoua, l’import-substitution n’est plus une théorie économique, c’est une fierté qui se déguste.
Avec une capacité de traitement de 18 000 tonnes par an, l’unité pilotée par Moussa Halid Fadil ambitionne d’absorber 40 % de la production locale. Plus qu’une usine, c’est un poumon financier qui promet de gonfler les revenus des producteurs de 30 %. En captant la valeur ajoutée là où elle naît, MOUFAD AGRO-INDUSTRY répare une anomalie historique et redonne au paysan sa dignité d’acteur économique.
GAËL TSALA NKOLO
