Alors que l’harmattan commence à dessiner ses premières volutes sur la capitale régionale du Nord, un silence inhabituel a envahi les artères de la cité ce mercredi 24 décembre 2025. Ce n’est pas celui de la léthargie, mais celui d’une révolution technologique : l’entrée en scène de la Société de Transport de Garoua (STG). En remettant officiellement les clés d’une flotte de bus 100 % électriques au Maire Goura Beladji, sous l’égide du Gouverneur Jean Abate Edi’i, la ville ne s’est pas contentée d’inaugurer un service public ; elle a acté un « saut de grenouille » (leapfrogging) stratégique, propulsant le Septentrion camerounais au rang de laboratoire de la Smart City africaine.
Une rupture paradigmatique: De l’artisanat à l’industrie du flux.
Pendant des décennies, la mobilité à Garoua est restée prisonnière d’un modèle atomisé, dominé par l’hégémonie du moto-taxi et de véhicules thermiques obsolètes. Cette fragmentation, au-delà de son empreinte carbone désastreuse, constituait un frein à la productivité urbaine.
L’arrivée de ces mastodontes silencieux de 47 places, dotés d’une autonomie de 380 km, marque la fin de cette ère. Pour l’économie régionale, l’enjeu est limpide : la rationalisation des flux est un multiplicateur de PIB. En structurant le transport de masse, la STG réduit le coût d’opportunité des déplacements pour les ménages et fluidifie l’accès au marché de l’emploi, condition sine qua non d’une métropole émergente.
L’équation énergétique: Le pari de l’intégration verticale.
Le choix de la motorisation électrique, porté par le constructeur « AK », révèle une finesse d’arbitrage entre CapEx (investissement initial) et OpEx (coûts opérationnels). Si l’acquisition est onéreuse, la rentabilité à moyen terme est garantie par une indépendance totale vis-à-vis de la volatilité des cours du pétrole.
Cependant, le véritable génie du « modèle Garoua » réside dans sa résilience amont. La pérennité de la STG ne se jouera pas sur la route, mais à la borne de recharge. La municipalité transforme une contrainte en actif stratégique en misant sur un mix hybride:
L’hydroélectricité de Lagdo pour la charge de base nocturne.
Le solaire photovoltaïque pour l’écrêtement des pointes et l’autonomie des stations via des micro-réseaux (micro-grids).
Souveraineté technique et capital humain.
L’innovation ne vaut que par sa maîtrise. En envoyant trois jeunes techniciens se former directement en Chine, la mairie de Garoua évite le piège de la « dépendance assistée ». Cette internalisation des compétences en maintenance préventive et en gestion des systèmes de batteries consacre une souveraineté technologique rare dans la sous-région. Garoua ne consomme pas seulement de la modernité ; elle apprend à la piloter.
Un urbanisme de la dignité et de l’attractivité.
L’appropriation populaire observée lors de la caravane inaugurale témoigne d’un saut qualitatif immense. Ces bus climatisés, aux standards « VIP », offrent un rempart contre la rudesse climatique du Nord et redéfinissent le confort citadin. Au-delà du bien-être, c’est un signal fort envoyé aux investisseurs : une ville capable de sacraliser 80 % de son budget à l’investissement et de décarboner sa mobilité est une ville compétitive à l’échelle internationale.
Transformer l’essai.
Le Gouverneur Jean Abate Edi’i l’a rappelé : cette initiative est la preuve qu’une jeunesse audacieuse peut porter des projets de rupture. Le défi pour la municipalité est désormais celui de la gouvernance: rigueur tarifaire, lutte contre l’informel et maintenance scrupuleuse. En ce Noël 2025, Garoua s’est offert plus qu’un réseau de transport ; elle s’est offert une trajectoire vers une croissance inclusive et durable, faisant du transport propre le moteur d’une transition énergétique décentralisée.
GAËL TSALA NKOLO
