
Contrairement aux procès d’intention qui lui ont parfois été prêtés, les dénonciations de Dr Albert Ze n’avaient rien d’un sabotage. Elles portaient une ambition claire: corriger, améliorer et refonder la Couverture Santé Universelle (CSU) camerounaise afin qu’elle réponde enfin aux réalités économiques, sociales et institutionnelles du pays.
Économiste de la santé, Dr Ze s’est imposé ces dernières années comme l’une des voix les plus critiques du dispositif actuel, pointant sans détour les failles de gouvernance, les confusions conceptuelles entre CSU et CMU, les incohérences financières et les risques d’exclusion des populations les plus vulnérables. Mais derrière la virulence du ton, le fond du message restait constant: une réforme mal conçue coûte plus cher qu’une réforme retardée, surtout dans un pays aux ressources contraintes comme le Cameroun. C’est précisément cette logique qui éclaire sa présence, le 15 janvier 2026, au ministère de la Santé publique.
Invité par le ministre lui-même, l’ancien pourfendeur de « l’imposture sanitaire » n’est pas venu se renier, mais prolonger ses alertes par des solutions concrètes. Les échanges ont porté sur des recommandations techniques adressées au président Paul Biya, avec un objectif assumé: bâtir une CSU réaliste, soutenable financièrement et socialement équitable, loin des modèles importés et des slogans politiques.
En acceptant cette invitation, Dr Albert Ze confirme que sa démarche n’a jamais été celle d’un opposant systématique, mais celle d’un réformateur exigeant, convaincu que la critique n’a de valeur que si elle ouvre la voie à l’action. « Dénoncer pour corriger », telle semble avoir été sa ligne de conduite. Côté ministère, cette ouverture marque une reconnaissance implicite: les réformes structurelles ne peuvent réussir sans l’expertise indépendante, surtout lorsque le système montre des signes d’essoufflement. Reste désormais à transformer cette main tendue en décisions courageuses, capables de revoir en profondeur le financement, la gouvernance et la protection des plus fragiles. Car au Cameroun, participer à la concertation n’est pas une capitulation. Cela peut être, au contraire, l’ultime tentative pour sauver une réforme avant qu’elle ne devienne irréversible.
Ghislain ler David AME
