
Alors que l’Est du Cameroun attire des milliers de mineurs et des investisseurs étrangers dans une ruée vers l’or apparent, la réalité sur le terrain est tragique: morts, maladies silencieuses, pollutions toxiques et désintégration sociale mettent en péril la santé des populations et compromettent les Objectifs de développement durable du pays. Malgré des efforts de réglementation du Ministère des Mines et du Développement Technologique (Minmidt), la catastrophe continue.
Une catastrophe humaine documentée par les ONG sur les sites d’exploitation artisanale et semi‑mécanisée de Batouri, Kétté, Kentzou et Bétaré‑Oya, l’ONG Forêts et Développement Rural (FODER) a recensé 205 décès entre 2014 et 2022, principalement causés par des éboulements, glissements de terrain, noyades dans des trous béants transformés en lacs artificiels et des conditions de travail dangereuses.
Ces chiffres macabres soit en moyenne près de 30 morts par an sont révélateurs d’une activité minière qui, loin d’être encadrée, devient un mouroir pour les populations vivant autour des mines. Les données indiquent aussi que de nombreux travailleurs ignorent les règles de santé et sécurité au travail, ce qui les expose à des risques majeurs sans protection adéquate. Des maladies silencieuses qui rongent les vies.
L’impact sanitaire ne se limite pas aux accidents visibles.
Les populations vivent avec des pathologies chroniques liées à l’environnement minier.
_Intoxication au mercure: des études montrent que jusqu’à 71 % à 72 % des mineurs présentent des taux sanguins de mercure supérieurs aux normes de l’OMS, exposant les victimes à des troubles neurologiques, rénaux, à des cancers et à des malformations congénitales.
_Maladies infectieuses: le paludisme, les affections diarrhéiques, les dermatoses et d’autres infections liées à l’eau contaminée sont monnaie courante dans ces zones.
_Propagation des IST: selon une étude internationale, l’exploitation aurifère favorise l’apparition de prostitution et la diffusion rapide de maladies sexuellement transmissibles, y compris le VIH/SIDA, dans les camps miniers. Cette réalité sanitaire, souvent ignorée des décideurs urbains et des expatriés, a des conséquences durables sur la productivité, la qualité de vie et la capacité des familles à contribuer à l’économie locale et nationale.

Pollution, terres perdues et crise alimentaire.
Au‑delà des impacts humains directs, l’exploitation minière devient un facteur de dégradation environnementale aux conséquences sociales majeures, comme l’a démontré FODER dans des études récentes: La superficie exploitée est passée de 79 hectares en 2010 à plus de 4 600 hectares en 2024, entraînant la perte de plus de 2 000 hectares de terres agricoles, essentiel pour la sécurité alimentaire des communautés rurales. La destruction des écosystèmes, la pollution des cours d’eau par le mercure, le cyanure et d’autres produits toxiques menace les ressources en eau potable, réduit les rendements agricoles et compromet la biodiversité.
Un frein aux Objectifs de Développement Durable.
Les réalités dramatiques ont un effet domino sur les Objectifs de développement durable (ODD) que le Cameroun s’est engagé à atteindre d’ici 2030:
ODD 3 – Bonne santé et bien‑être: L’explosion des maladies infectieuses, des intoxications et des décès entrave l’accès à une vie saine.
ODD 4 – Éducation de qualité: La déperdition scolaire augmente, les enfants étant souvent envoyés dans les mines pour compléter les revenus familiaux.
ODD 2 – Faim “zéro”: La perte des terres agricoles et la crise alimentaire qui en découle fragilisent les communautés rurales.
ODD 6 – Eau propre et assainissement: La contamination des sources d’eau compromet la santé publique et l’accès à l’eau potable.
ODD 8 – Travail décent et croissance économique: Le secteur informel et dangereux de l’artisanal mining limite les opportunités d’emplois sûrs et durables.
Appel à la responsabilité des acteurs nationaux et étrangers.
Malgré une volonté affichée du Minmidt de réguler l’exploitation minière, la mise en application des lois reste faible. La faible où non‑réhabilitation des sites, l’absence de surveillance environnementale et sanitaire, et l’utilisation continue de produits toxiques exposent les populations locales et les travailleurs étrangers à des risques inacceptables. Les ONG telles que FODER et RELUFA, ainsi que des projets comme ProMESS, œuvrent à sensibiliser, former et structurer les artisans miniers pour réduire ces impacts et encourager la restauration des sites. Pour les expatriés, investisseurs et partenaires internationaux, ces données sont un appel à agir, non seulement pour éviter un désastre humanitaire, mais aussi pour garantir que les ressources minérales du Cameroun contribuent réellement au développement durable du pays, conformément aux engagements nationaux et internationaux.
Gervais Fredy M .
