
Face à la croissance démographique, aux effets du changement climatique et aux défis de la sécurité alimentaire, l’Afrique amorce une nouvelle étape de sa politique agricole. Avec la Déclaration de Kampala sur le Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA), le continent ambitionne de passer des engagements aux résultats. Au Cameroun, un atelier stratégique réunit pouvoirs publics et acteurs non étatiques afin de transformer cette vision continentale en actions concrètes.
L’Afrique joue aujourd’hui une partie décisive pour son avenir alimentaire. L’entrée en vigueur de la Déclaration de Kampala marque un tournant dans la mise en œuvre du Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA). Derrière les objectifs techniques 35 domaines d’intervention et près de 100 milliards de dollars à mobiliser se cache une priorité essentielle: nourrir une population qui pourrait atteindre 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, tout en limitant les migrations forcées liées aux bouleversements climatiques et économiques.C’est dans ce contexte que CARE Cameroun, en partenariat avec la GIZ, l’AFSPaN, la Commission parlementaire de l’Agriculture et le MINADER, organise du 11 au 13 mars 2026 un atelier national stratégique. Cette rencontre vise à renforcer la confiance entre l’État et les acteurs non étatiques (ANE) afin de définir une feuille de route commune pour la mise en œuvre de la Déclaration de Kampala au Cameroun. L’ambition est de traduire les orientations techniques du PDDAA en outils de plaidoyer et en actions concrètes capables de valoriser le potentiel agricole du pays.
Cette nouvelle dynamique entend également rompre avec les limites des précédents engagements continentaux. Les déclarations de Maputo et de Malabo avaient fixé des objectifs ambitieux, notamment l’allocation de 10 % des budgets nationaux à l’agriculture. Mais, dans de nombreux pays, les intentions sont restées plus fortes que les investissements effectifs. Le cadre 2026-2035 de Kampala se veut donc plus exigeant, en liant étroitement productivité agricole, inclusion sociale et mécanismes de redevabilité.
Parmi les priorités figure la réduction de moitié de l’écart de rendement entre les hommes et les femmes dans le secteur agricole, une mesure qui s’attaque directement aux inégalités structurelles et vise à renforcer la résilience des systèmes de production. L’expertise d’organisations telles qu’AKADEMIYA2063 permet désormais de suivre les progrès avec davantage de rigueur. Mais, au-delà des indicateurs, la réussite dépendra surtout de la capacité des États et de leurs partenaires à respecter leurs engagements.Pour Chikondi Chabvuta-Mkawa, présidente du CNG, cette transition doit s’appuyer sur une inclusion réelle de toutes les forces vives du secteur agricole.« Il ne s’agit pas seulement d’étapes importantes ; ce sont des histoires porteuses d’espoir. L’engagement est clair: 10 % des budgets nationaux doivent être consacrés à l’agriculture. L’année 2026 doit marquer la fin des simples intentions et le début d’une véritable mutation budgétaire. En ajoutant de la valeur aux produits bruts, nous passons d’une économie de subsistance à une économie de transformation. »Elle insiste également sur le rôle central de la jeunesse et de la technologie dans cette transformation. « La Déclaration de Kampala est historique parce qu’elle place la jeunesse au cœur des priorités. Les jeunes excellent dans l’entrepreneuriat et l’adoption des technologies agricoles. La mécanisation progresse, mais elle doit rester raisonnée afin de préserver la santé de nos sols. »L’une des innovations majeures introduites par la Déclaration de Kampala réside dans l’adoption d’une approche plus large fondée sur le système alimentaire. L’analyse ne se limite plus aux budgets agricoles stricto sensu, mais englobe désormais des secteurs étroitement liés tels que la santé, l’élevage, l’environnement, la nutrition et l’éducation. Cette vision intégrée permet d’élargir les investissements publics et de renforcer leur impact sur les revenus des producteurs.Dans ce nouveau cadre, les parlementaires occupent également une place stratégique. L’honorable Agho Oliver Bamenju, député camerounais et membre de l’AFSPaN, rappelle que les législateurs sont désormais appelés à jouer un rôle central dans la traduction des engagements du PDDAA en politiques publiques effectives et responsables.Au-delà des annonces, le véritable défi reste celui de l’exécution. Si l’Afrique parvient à bâtir des systèmes agroalimentaires résilients et inclusifs, elle ne fera pas seulement progresser sa sécurité alimentaire. Elle offrira aussi à des millions de jeunes et de producteurs la possibilité de construire leur avenir sur leur propre territoire.Pour le Cameroun, doté d’un potentiel agricole considérable, l’enjeu est désormais clair: transformer les engagements de Kampala en résultats tangibles sur le terrain. Car, en définitive, ce sont les femmes et les hommes qui travaillent la terre qui jugeront de la portée réelle de ce pacte historique.
GTN
