L’Association Camerounaise des Traducteurs et Interprètes de Langue Chinoise poursuit sa marche en avant. Sa section de Maroua a tenu, jeudi dernier, sa troisième réunion mensuelle à l’ENIEG, réunissant dix-huit membres autour d’un enjeu central : comment revaloriser concrètement le métier de traducteur-interprète de chinois dans l’Extrême-Nord ?
La séance s’est ouverte sous la conduite du vice-coordonnateur, M. Ziba Atika Joël, qui a d’emblée rappelé la ligne directrice de l’association avant de céder la parole à la coordonnatrice, Mme Maifrigui Djaoyang Germaine. Celle-ci n’a pas tardé à entrer dans le vif du sujet. Les buts de l’ACTILC sont clairs : améliorer la qualité des offres d’emploi, renforcer les conditions de travail des praticiens de la langue, et défendre un plancher salarial de 650 000 FCFA pour tout interprète professionnel. Une ambition que certains jugent irréaliste, mais que la coordonnatrice revendique comme « non pas utopique, mais stratégique ».
Pour ancrer ce message dans les esprits, la parole a été donnée à un aîné du métier, Djemong Ange Roosvelt, dont le témoignage a visiblement marqué l’assistance. Convoqué un jour devant la justice pour défendre les intérêts d’une entreprise qui l’employait, cet interprète chevronné a mesuré, à ses dépens, l’étendue des responsabilités que porte le métier. Sa question finale a résonné comme un défi lancé à tous : « Avec tout ce que vous êtes censés apprendre, savoir et connaître, allez-vous continuer d’accepter des salaires dérisoires ? » Le silence qui a suivi valait bien une réponse.
La réunion a également été marquée par une discussion participative franche, au cours de laquelle les membres ont osé nommer leurs freins : manque de confiance en soi, crainte de la déloyauté entre pairs — « qui perd lorsque je refuse un salaire et qu’une autre personne vient l’accepter ? » —, et incertitude sur la réelle capacité des entreprises chinoises au Cameroun à honorer la grille de 650 000 FCFA.
Face à ces inquiétudes, la coordonnatrice a tenu bon. Elle a insisté sur l’importance d’une présence régulière aux réunions pour mieux s’approprier la vision collective, et proposé d’organiser des séances de formation et de coaching. Les membres, de leur côté, se sont engagés à redoubler d’efforts et à élargir le cercle de l’association en invitant des traducteurs et interprètes des environs à rejoindre les prochaines rencontres. La réunion s’est terminée dans la bonne humeur, ponctuée d’activités culturelles chinoises — chant, virelangues, concours de baguettes et de danse — avant que la coordonnatrice n’annonce le prochain rendez-vous : le jeudi 30 avril 2026.
