Le 26 avril 2026 restera une date marquante pour la communauté des interprètes et traducteurs de langue chinoise au Cameroun. L’Association des Camerounais Traducteurs et Interprètes de Langue Chinoise (ACTILC) a organisé ses réunions mensuelles dans quatre régions du pays, avec en toile de fond, professionnaliser un métier en plein essor et protéger ses membres contre les dérives du secteur.
À Yaoundé, au domicile du censeur à Nkoabang, la réunion a débuté à 13h30 précise avec un objectif central : « renforcer l’implémentation du mot d’ordre salarial ». La grille tarifaire de 650 000 à 1 500 000 FCFA, rappelée en début de séance, constitue le socle de la stratégie de valorisation de la profession. Cette fourchette, fruit d’une harmonisation progressive, entend mettre fin aux pratiques d’exploitation dont sont victimes de nombreux jeunes diplômés acceptant des rémunérations dérisoires par manque d’expérience ou sous la pression de la précarité.
« Comment répondre face aux pressions ? », telle était la question au cœur des exercices pratiques organisés lors de la réunion. Les participants ont été formés à maintenir leur posture professionnelle face aux employeurs proposant des tarifs bas, invoquant l’urgence ou des conditions défavorables. La stratégie de communication avec les employeurs a été affinée, avec un argumentaire solide et des limites clairement établies.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte où la demande en interprètes chinois explose au Cameroun. Avec plus de 300 entreprises à capitaux chinois implantées dans le pays, selon les données du secteur, les besoins en profils bilingues sont permanents. Chantiers d’infrastructures, projets industriels, conventions commerciales, les opportunités abondent, mais les conditions de travail ne sont pas toujours à la hauteur des qualifications requises.
À Douala, la réunion coordonnée par Claudia Neselyne a mis l’accent sur la lutte contre les activités illégales impliquant des ressortissants chinois. Les « scammers », ces individus impliqués dans des opérations frauduleuses, représentent un danger pour les jeunes interprètes sollicités pour servir d’intermédiaires. Souvent mal informés des risques encourus, certains se retrouvent malgré eux complices d’opérations illicites.
Les participants ont donc recensé les différents types de pratiques frauduleuses rencontrées : fausses opportunités d’emploi, montages financiers douteux, trafics divers. Des méthodes de détection ont été partagées, permettant aux interprètes de repérer les signaux d’alerte avant de s’engager dans une collaboration professionnelle. Cette prévention s’avère d’autant plus cruciale que certains interprètes, appâtés par des promesses de gains rapides, finissent par être impliqués dans des affaires les exposant à des poursuites judiciaires.
Le risque associé aux transactions en USDT (cryptomonnaie) a été particulièrement souligné lors de la réunion de Yaoundé. Ces activités, souvent présentées comme des opportunités lucratives, peuvent déboucher sur des condamnations pénales, y compris des peines d’emprisonnement. L’association a donc mis en place un mécanisme de signalement interne permettant aux membres de documenter les offres suspectes et de se protéger collectivement.
Au-delà des aspects financiers et sécuritaires, l’ACTILC a également inscrit le volet social à son agenda. La question des violences basées sur le genre et du harcèlement a fait l’objet d’une sensibilisation spécifique, avec la désignation de référents sociaux chargés d’écouter, de signaler et d’orienter les victimes potentielles. Cette dimension humaine témoigne de la volonté de l’association de créer un cadre de protection complet pour ses membres.
À Bertoua, dans la région de l’Est, la réunion a pris une tournure plus pragmatique. Les neuf participants, mêlant étudiants et interprètes confirmés, ont partagé leurs expériences de terrain dans les mines, les carrières de sable et auprès des commerçants chinois. Ces secteurs, particulièrement exigeants physiquement et psychologiquement, nécessitent des compétences linguistiques mais aussi une capacité d’adaptation à des environnements de travail difficiles. Les « secrets et conseils pour bien travailler sans trop souffrir » échangés lors de cette rencontre reflètent la solidarité entre pairs dans un métier où l’isolement peut être pesant.
La première réunion à Garoua, dans la région du Nord, constituée exclusivement d’étudiants de langue chinoise, marque l’expansion géographique de l’association. Cette extension témoigne de la démocratisation de l’apprentissage du mandarin au Cameroun, portée notamment par les centres Confucius et diverses structures privées.
En parallèle, l’ACTILC prépare activement son assemblée générale prévue le 27 décembre 2026. Des commissions logistique, communication, finances et programme ont été constituées, avec pour mission de produire les rapports moral, d’activités et financier, ainsi que le plan d’action pour l’année à venir. Un appel à candidatures pour rejoindre ces commissions a été lancé.
Cette mobilisation quadri-régionale du 26 avril illustre la maturité croissante d’une profession longtemps considérée comme marginale. En imposant des standards salariaux, en organisant la protection de ses membres contre les dérives du secteur et en structurant sa gouvernance, l’ACTILC s’affirme comme un acteur incontournable du paysage professionnel camerounais, à l’heure où la coopération sino-africaine redessine les contours de l’économie locale.
