Le Cameroun a perdu l’un de ses serviteurs les plus constants. Marcel Niat Njifenji s’est éteint à 92 ans, refermant une trajectoire rare, faite de rigueur, de loyauté et d’un engagement silencieux au sommet de l’État. Ingénieur de formation, homme d’institutions par devoir, il aura traversé plus d’un demi-siècle de vie publique, laissant une empreinte profonde, à la fois technique et politique.Des racines enracinées à Bangangté à l’excellence républicaine
Par Gervais Fredy

Né le 26 octobre 1934 à Bangangté, dans une famille modeste, Marcel Niat Njifenji incarne cette génération d’élites camerounaises formées à l’aube des indépendances. Brillant élève du Lycée Général Leclerc, il s’illustre jusqu’en France, où il intègre la prestigieuse Supélec. À son retour au Cameroun en 1960, il fait partie des pionniers appelés à bâtir les fondations techniques d’un État naissant.
Le bâtisseur de l’énergie nationale.
C’est dans le secteur stratégique de l’électricité que son nom s’inscrit durablement. À la tête de la SONEL, il orchestre, dès les années 1970, une ambitieuse politique d’électrification. Sous sa direction, des infrastructures majeures voient le jour: barrages, lignes à haute tension, extension du réseau vers les zones rurales. Des milliers de localités sortent alors de l’obscurité, amorçant une transformation économique et sociale du pays. L’énergie devient un levier de développement, et Marcel Niat Njifenji, son artisan discret.
L’épreuve et la fidélité.
L’histoire de l’homme n’est pas exempte de turbulences. En 1984, dans le sillage de la tentative de putsch contre le régime, il est arrêté et brièvement incarcéré. Mais cette épreuve ne brise ni son engagement ni sa loyauté envers l’État et le RDPC. Il revient progressivement sur le devant de la scène, confirmant une résilience qui marquera toute sa carrière.
Le gardien des institutions.

Avec la création du Sénat, prévue par la Constitution de 1996, une nouvelle page s’ouvre. En 2013, il est nommé sénateur par le président Paul Biya, avant d’être élu premier Président de cette chambre haute.Pendant treize années, il incarne la stabilité institutionnelle, occupant la fonction stratégique de deuxième personnalité de l’État. Dans un contexte souvent traversé de tensions, il veille, avec sobriété, au respect des équilibres républicains et à la continuité du pouvoir.
L’héritage de Marcel Niat Njifenji se lit aujourd’hui à plusieurs niveaux. D’abord, énergétique: il est l’un des pères de l’électrification moderne du Cameroun, ayant contribué à éclairer villes et campagnes. Ensuite, institutionnel: en installant durablement le Sénat dans le paysage politique, il renforce l’architecture démocratique du pays. Enfin, humain et politique: il incarne une génération de technocrates discrets, attachés à l’État, pour qui servir importait davantage que brille. Avec sa disparition, c’est une page de l’histoire du camerounaise qui se tourne. Celle des bâtisseurs silencieux, formés dans la rigueur, fidèles aux institutions et engagés dans la durée. Marcel Niat Njifenji n’était pas un homme de tribune. Il était un homme d’ouvrage. Et dans la lumière qui éclaire aujourd’hui encore des milliers de foyers camerounais, demeure, en filigrane, la trace de son passage.
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