En Afrique, le cancer de l’anus reste encore peu connu du grand public, souvent confondu avec le cancer du rectum. Pourtant, les deux pathologies ne se situent pas au même niveau de l’appareil digestif et ne répondent pas aux mêmes facteurs de risque, notamment en matière de pratiques sexuelles anales. Alors que le cancer anal reste rare sur le continent, il semble progresser lentement, en lien avec la prévalence du VPH et des luttes encore insuffisantes en matière de dépistage et de prévention.
Par Gervais Fredy M.

En Afrique, comme dans beaucoup de régions du monde, le terme « cancer » reste souvent associé à des peurs irréfléchies et à de nombreuses idées reçues. Dans le domaine de la sexualité, le débat revient régulièrement sur les liens entre rapports sexuels anaux et cancers de l’anus ou du rectum. Pourtant, il existe une différence essentielle entre le cancer de l’anus et le cancer du rectum, qu’il faut clarifier pour éviter les amalgames et les jugements hâtifs.
Un cancer peu connu mais en progression.

Le cancer de l’anus se développe dans le canal anal, à l’entrée du rectum, au niveau de l’orifice même. Il est majoritairement lié à une infection persistante par le virus du papillome humain (VPH), un virus transmis lors des rapports sexuels, y compris par voie anale. Sur le continent africain, les données restent encore fragmentaires voir biaisées, mais les études disponibles suggèrent que l’incidence du cancer anal reste faible par rapport à d’autres cancers digestifs, tout en montrant une croissance insidieuse dans certaines zones urbaines.
Au Cameroun, ce type de cancer n’est pas encore bien quantifié dans les registres nationaux, mais les spécialistes alertent sur une sous‑notification importante, avec des cas souvent diagnostiqués à un stade avancé. Les personnes pratiquant souvent des rapports anaux réceptifs, en particulier sans protection, présentent un risque accru de contracter ce virus, qui peut, à long terme, évoluer vers des lésions précancéreuses puis vers un véritable carcinome de l’anus. Ici, le rapport anal n’est pas une “malédiction”, mais un facteur de risque parmi d’autres, surtout lorsque la protection est insuffisante. Le préservatif, l’hygiène sexuelle et la vaccination contre le VPH sont des leviers importants pour réduire ce risque.

Le cancer du rectum: d’autres causes en jeu.
Le cancer du rectum, lui, se situe plus en profondeur, dans la partie terminale du gros intestin, juste avant l’anus. Il appartient au groupe des cancers colorectaux et relève plutôt de facteurs comme l’âge, les antécédents familiaux, la présence de polypes, la mauvaise alimentation, le tabac ou encore l’obésité. Contrairement au cancer de l’anus, il n’a pas été clairement établi comme une conséquence directe des rapports sexuels anal. Les estimations africaines montrent que le cancer colorectal augmente progressivement, avec une incidence encore inférieure à celle des pays occidentaux, mais en hausse dans les grandes villes où le mode de vie se modifie. En d’autres termes, la pratique anal, même régulière, ne transforme pas mécaniquement un individu en « candidat » au cancer du rectum. Ce qui importe davantage, c’est la surveillance médicale (dépistage par coloscopie, examen des selles), surtout au‑delà de 50 ans ou en présence de symptômes évocateurs comme du sang dans les selles, des douleurs pelviennes ou des troubles du transit.
Pourquoi faire la distinction ?
Mettre distinctement en lumière le cancer de l’anus et le cancer du rectum permet de lutter à la fois contre la stigmatisation et contre la désinformation. Il s’agit de rappeler que certaines conditions, comme la présence du VPH, méritent une attention médicale, un dépistage et une prévention. En même temps, il faut continuer à informer sur le cancer colorectal comme un enjeu de santé publique qui touche tout le monde, pratiquant ou non le sexe anal. Comprendre que le rapport anal réceptif mal protégé peut augmenter le risque de cancer de l’anus via le VPH – Expliquer que le cancer du rectum relève davantage des facteurs de mode de vie, génétiques et de dépistage, et non d’une “malédiction” liée à la sexualité. En clair, la vigilance ne doit pas être moralisante, mais médicale et collective, d’autant plus que sur un continent où les registres de cancer restent lacunaires, le Cameroun et d’autres pays africains ont tout à gagner à mieux compter, mieux informer et mieux suivre ces pathologies.
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