Le Cameroun entend franchir une nouvelle étape dans la gouvernance de sa migration de main-d’œuvre. Réunis ce lundi à Yaoundé, les pouvoirs publics, les partenaires techniques et les acteurs concernés ont engagé une réflexion stratégique en vue de doter le pays d’une Politique nationale de migration de main-d’œuvre. Avec l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), du ministère des Relations extérieures et du Réseau des Nations Unies sur la migration, cette initiative ambitionne de transformer la mobilité des compétences en véritable levier de développement économique, de protection des travailleurs et de valorisation de la diaspora sous la houlette du ministère du Travail et de la Sécurité Sociale.
Par Gervais Fredy M

Le Cameroun veut désormais mieux organiser la mobilité de sa main-d’œuvre et tirer davantage profit des opportunités offertes par les marchés internationaux. C’est tout l’enjeu du Dialogue stratégique national sur la gouvernance de la migration de main-d’œuvre, organisé par le ministère du Travail et de la Sécurité sociale (MINTSS). La rencontre constitue une étape importante dans le processus d’élaboration de la future Politique nationale de migration de main-d’œuvre du Cameroun (PNMMOC).
À l’ouverture des travaux, l’accent a été mis sur la nécessité de passer d’une migration souvent subie à une mobilité organisée, sûre, légale et créatrice de valeur. Dans un contexte marqué par les mutations du marché international du travail et par la recherche de nouvelles opportunités pour les compétences camerounaises, la mise en place d’un véritable écosystème national de gestion de la migration de main-d’œuvre apparaît comme un enjeu stratégique. Le Cameroun dispose d’un important potentiel humain et de nombreux professionnels susceptibles de répondre aux besoins de plusieurs marchés étrangers. Mais pour transformer ce potentiel en opportunité de développement, la mobilité doit être mieux préparée et encadrée. Cela implique notamment d’adapter la formation aux métiers recherchés à l’international, de renforcer la certification des compétences, d’améliorer la préparation linguistique des candidats et de sécuriser les parcours professionnels. Une telle approche vise également à réduire les risques d’exploitation, de précarité et de vulnérabilité auxquels peuvent être exposés certains travailleurs migrants. Elle doit parallèlement permettre au Cameroun de mieux valoriser les retombées de cette mobilité à travers les transferts de fonds, le retour des compétences, les investissements et la mobilisation des réseaux de la diaspora. La réflexion engagée repose ainsi sur une meilleure articulation entre les politiques migratoires, les politiques de l’emploi, la formation professionnelle et l’investissement.
Au cœur de cette démarche figure notamment le Mécanisme de partenariat pour la mobilité des compétences, conçu comme un outil permettant de rapprocher les compétences disponibles des besoins identifiés sur les marchés du travail internationaux. Pour l’Organisation internationale pour les migrations, cette dynamique doit déboucher sur quatre résultats majeurs: un accord de principe sur une plateforme nationale de mobilité des compétences, la mise sur pied d’une équipe technique interministérielle, l’élaboration d’une feuille de route nationale ainsi que l’instauration d’un dialogue de partenariat et d’investissement. L’enjeu est également de renforcer les outils permettant au pays de disposer d’une meilleure connaissance des flux et des compétences concernées.

Comme l’a rappelé le représentant de l’OIM au Cameroun, « on ne peut gouverner ce que l’on ne mesure pas ». Une gouvernance efficace de la migration de main-d’œuvre suppose ainsi de disposer de données fiables afin d’éclairer les décisions publiques et d’orienter les politiques en fonction des besoins réels du marché. L’expérience de plusieurs pays montre d’ailleurs que la mobilité des travailleurs peut être davantage structurée lorsqu’elle repose sur des mécanismes de préparation, de protection, de mesure et de négociation. Les Philippines, le Canada, l’Italie et le Bangladesh figurent parmi les exemples évoqués dans le cadre des échanges autour des pratiques internationales en matière de mobilité des compétences.
Au-delà de la seule question de l’emploi à l’étranger, la démarche camerounaise entend donc inscrire la migration de main-d’œuvre dans une perspective plus large de développement. La mobilisation des acteurs nationaux, notamment l’État, le secteur privé, le GECAM, la CNPS, le FNE et la diaspora, devrait contribuer à la construction d’un dispositif durable et adapté aux réalités nationales. La question du financement constitue à cet égard un autre chantier important.

La recherche de mécanismes pérennes doit permettre de limiter la dépendance aux financements extérieurs et de renforcer la capacité du Cameroun à maîtriser sa politique de mobilité professionnelle. La diversification des sources de financement apparaît ainsi comme une condition essentielle à la continuité des actions qui seront engagées. La participation annoncée des services du Premier ministre, ainsi que d’autreds administrations et partenaires clés, traduit la volonté de donner à cette question une dimension interministérielle et nationale. La gouvernance de la migration de main-d’œuvre ne saurait en effet relever d’un seul département ministériel, tant elle touche à la formation, à l’emploi, aux relations extérieures, à la protection sociale, à l’investissement et au développement économique.
À travers ce Dialogue stratégique national, le Cameroun cherche donc à poser les bases d’une nouvelle approche de la mobilité de ses compétences. L’objectif est de mieux préparer les travailleurs, de renforcer leur protection, de structurer les partenariats avec les pays de destination et de faire de la diaspora un acteur à part entière du développement national. L’ambition est claire: faire de la migration de main-d’œuvre non plus seulement une réalité à gérer, mais un instrument de développement, d’ouverture et de création de valeur, au bénéfice des travailleurs, de leurs familles et de l’économie camerounaise.
La Rédaction: 676 26 12 02
