Et si le départ des travailleurs camerounais vers l’étranger cessait d’être perçu comme une perte pour devenir un levier de développement ? C’est le pari défendu par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui a présenté lundi 28 septembre à Yaoundé une offre à l’État du Cameroun pour mieux organiser la migration de main-d’œuvre, valoriser les compétences nationales et faire de la mobilité internationale un outil au service de l’économie camerounaise.
Par Gervais Fredy M

La migration de main-d’œuvre est une réalité que rien ne semble pouvoir interrompre. Pour l’Organisation internationale pour les migrations, l’enjeu n’est pas de fermer les frontières ou d’empêcher les Camerounais de saisir des opportunités professionnelles à l’étranger. Il est plutôt question de mieux organiser ces mouvements, de les encadrer et surtout d’en tirer davantage de bénéfices pour le pays. C’est le sens de la proposition portée par l’OIM à Yaoundé autour d’une ambition: « La mobilisation internationale de la main-d’œuvre, levier de transformation économique, d’emploi et de compétitivité du Cameroun. »
Le constat de départ est sans équivoque: les compétences camerounaises suscitent une demande croissante sur plusieurs marchés internationaux. L’Italie, l’Allemagne, le Canada, certains pays du Golfe et le Royaume-Uni figurent parmi les principales destinations évoquées. Dans certains de ces pays, le vieillissement de la population accentue les besoins en travailleurs, tandis que dans d’autres, le dynamisme industriel génère une forte demande de compétences. Une situation qui, selon l’OIM, peut constituer un avantage pour le Cameroun. Car le pays ne part pas de zéro. Son système de formation produit chaque année des compétences dans des domaines aussi variés que les sciences de la santé, l’ingénierie et les techniques, les sciences sociales et économiques, le commerce, la chaudronnerie, maçonnerie, le droit ou encore les sciences politiques. Une réserve de compétences qui fait du Cameroun un fournisseur potentiel de main-d’œuvre qualifiée sur le marché international.

Pour Abdel Rahman Diop, représentant de l’OIM au Cameroun, les données disponibles illustrent d’ailleurs le potentiel de cette ressource humaine. Selon les chiffres présentés, 85 % des migrants sont issus de l’enseignement supérieur, 73 % sont salariés, 88 % ont entre 20 et 29 ans et 44 % sont des femmes. Autrement dit, derrière les départs se trouve une population largement jeune, active et formée, dont la mobilité pourrait être mieux intégrée aux stratégies économiques nationales. L’OIM estime ainsi que les pénuries structurelles de main-d’œuvre observées dans plusieurs pays peuvent placer le Cameroun en position de négociation. Plutôt que de laisser les recrutements se faire de manière dispersée et officieuse, l’organisation encourage une démarche concertée avec les pays demandeurs.
L’idée est notamment de mieux connaître leurs besoins, d’organiser les recrutements et, lorsque cela est pertinent, de fixer des quotas permettant d’encadrer les départs. Mais l’offre de l’OIM ne s’arrête pas à l’organisation du départ. Elle prend également en compte la possibilité du retour. Pour les migrants qui souhaitent revenir au Cameroun, l’organisation préconise la mise en place d’un environnement favorable au retour volontaire et la reconnaissance des compétences acquises à l’étranger. Une manière de faire du parcours migratoire non pas une parenthèse, mais une expérience susceptible de bénéficier directement au pays d’origine. Car partir ne signifie pas nécessairement rompre avec le Cameroun. Les migrants continuent, pour beaucoup, à soutenir leurs familles et à entretenir des liens économiques avec leur pays. Une partie des ressources et des investissements camerounais se trouve ainsi à l’étranger.
Pour l’OIM, ces liens représentent autant de possibilités à mieux structurer afin que la diaspora puisse contribuer davantage au développement national. Le véritable enjeu, selon l’organisation, est donc celui de la valorisation du capital humain. Le Cameroun dispose déjà de la ressource: des jeunes, des diplômés, des professionnels et des compétences recherchées sur plusieurs marchés. Le défi consiste désormais à mieux organiser cette mobilité pour qu’elle profite à la fois aux travailleurs, aux pays de destination et au Cameroun.

À travers son offre présentée lors du Dialogue stratégique qui a inclu divers partenaires, l’OIM propose ainsi de passer d’une logique de départs difficiles à maîtriser à une logique de migration organisée, négociée et valorisée. Une approche qui suppose une coopération plus étroite avec les pays demandeurs de main-d’œuvre, une meilleure protection des travailleurs, la reconnaissance des qualifications, l’accompagnement des retours et la mobilisation de la diaspora. Pour le Cameroun, l’enjeu est désormais de transformer la demande internationale de compétences en opportunité nationale. Il ne s’agit plus seulement de regarder partir les travailleurs camerounais, mais de mieux organiser leur mobilité afin que leurs compétences, leur expérience, leurs revenus et leurs réseaux puissent aussi contribuer au développement du pays.
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