Fruit d’une réflexion rigoureuse et engagée, la thèse de Doctorat Phd d’Ebooh Abondo Patrice apporte un éclairage novateur sur les limites et les perspectives de la mobilisation des recettes fiscales locales au Cameroun. À travers une analyse fine des rapports entre l’État et les collectivités territoriales décentralisées, ce travail ouvre des pistes concrètes pour un développement local plus efficace, plus autonome et résolument tourné vers les besoins des populations.
Par Gervais Fredy

Dans un contexte où la décentralisation est présentée comme un levier essentiel du développement local, la question du financement des collectivités territoriales décentralisées (CTD) au Cameroun demeure plus que jamais d’actualité. C’est dans cette dynamique que s’inscrivent les travaux de recherche d’Ebooh Abondo Patrice, récemment soutenus avec succès dans le cadre d’une thèse de Doctorat Phd. Par la qualité de son analyse et la pertinence de ses conclusions, ce travail mérite d’être salué. Il consacre non seulement un parcours académique remarquable, mais marque également l’entrée dans la communauté scientifique d’un nouveau docteur dont les réflexions s’inscrivent au cœur des enjeux contemporains du développement local.
Au cœur de cette étude, un constat s’impose: malgré les ambitions affichées par les pouvoirs publics, les collectivités locales peinent encore à mobiliser des ressources fiscales à la hauteur des besoins des populations. Routes dégradées, accès limité à l’eau potable, insuffisance des infrastructures sanitaires et éducatives et sportives… autant de réalités qui interrogent l’efficacité du modèle actuel de financement de la décentralisation. L’étude met en lumière un déséquilibre structurel dans la répartition des compétences fiscales. En effet, conformément au principe du consentement à l’impôt, l’État, à travers le Parlement, conserve le monopole de la création et de l’organisation de l’impôt. Cette centralisation du pouvoir fiscal réduit considérablement la marge d’action des CTD, dont les compétences demeurent strictement encadrées par les textes en vigueur. Dans les faits, les collectivités territoriales apparaissent comme des acteurs secondaires du système fiscal local. Leur capacité à lever l’impôt est limitée, tant sur le plan juridique que pratique. Les organes délibérants locaux, bien que dotés d’une autonomie de principe, doivent se conformer à un cadre normatif rigide, sous le contrôle permanent de l’État. Une situation qui freine les initiatives locales et limite l’innovation en matière de mobilisation des ressources.

Face à ces contraintes, l’État intervient comme principal pourvoyeur de ressources à travers divers mécanismes de financement: dotations générales, subventions, emprunts ou encore dépenses fiscales. Si ces appuis permettent d’assurer un fonctionnement minimal des CTD, ils renforcent néanmoins une forme de dépendance financière qui questionne la réalité de leur autonomie. Au-delà du cadre juridique, cette problématique soulève un enjeu profondément social. Car derrière les chiffres et les textes se dessine la qualité de vie des citoyens. Une collectivité faiblement dotée est une collectivité qui peine à répondre aux attentes de ses administrés.
À l’inverse, une autonomie financière renforcée pourrait favoriser un développement local plus inclusif, mieux adapté aux réalités du terrain. Les travaux du nouveau docteur Ebooh Abondo Patrice invitent ainsi à repenser en profondeur le modèle de financement de la décentralisation au Cameroun. Ils mettent en évidence la nécessité d’un rééquilibrage des compétences fiscales, mais aussi d’une clarification du statut des CTD, entre autonomie proclamée et dépendance réelle. Surtout, ces travaux portent l’espoir d’un avenir différent: celui de collectivités territoriales plus fortes, capables de mobiliser efficacement leurs ressources, de répondre concrètement aux besoins des populations et d’impulser un développement local plus réel et plus impactant. Ils esquissent la perspective de CTD moins dépendantes de l’administration centrale, et davantage actrices de leur propre transformation. Dans cette dynamique, il convient également de souligner l’engagement du nouveau Dr Ebooh Abondo Patrice, qui entend mettre son expertise au service des collectivités territoriales décentralisées et de l’État.

Son ambition affichée est de contribuer activement à l’amélioration des mécanismes de gouvernance locale, en vue de promouvoir un développement local plus cohérent, plus efficace et véritablement satisfaisant pour les populations. À l’heure où les enjeux de gouvernance locale et de développement durable occupent une place centrale dans le débat public, cette réflexion apparaît comme une contribution majeure. Elle rappelle que la réussite de la décentralisation ne saurait se limiter à un transfert de compétences administratives, mais qu’elle passe nécessairement par une véritable autonomie financière, condition indispensable à un développement local effectif, durable et souverain.
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