Chaque année, le cancer colorectal cause près de 935 000 décès dans le monde, ce qui en fait le deuxième cancer le plus meurtrier après celui du poumon. En Afrique, où plus de 70 % des cas sont diagnostiqués à un stade avancé, cette maladie souvent silencieuse devient une cause majeure de décès prématurés, frappant de plus en plus de personnes en âge de travailler.
Par Gervais Fredy M.

Le cancer du rectum, composante du cancer colorectal, représente une part importante de ce fardeau mondial. On estime à près de 1,9 million le nombre de nouveaux cas diagnostiqués chaque année dans le monde. Si les pays développés disposent de systèmes de dépistage efficaces ayant permis de réduire la mortalité, la tendance est inverse dans de nombreux pays africains. Sur le continent, l’incidence reste officiellement plus faible, mais la mortalité est proportionnellement plus élevée. Dans certains pays d’Afrique subsaharienne, le taux de survie à cinq ans reste inférieur à 20 %, contre plus de 60 % dans les pays à revenu élevé. Cette différence s’explique principalement par des diagnostics tardifs et un accès limité aux traitements. Plus préoccupant encore, une proportion croissante de cas concerne des patients de moins de 50 ans, une évolution qui bouleverse les profils épidémiologiques classiques et accroît l’impact socio-économique de la maladie.
Des causes connues, aggravées par les réalités africaines.
Le cancer du rectum résulte de facteurs de risque bien établis: l’âge, les antécédents familiaux, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, ainsi que des habitudes de vie telles qu’une alimentation riche en viandes rouges et pauvre en fibres, la sédentarité, le tabagisme et la consommation d’alcool. En Afrique, ces facteurs sont amplifiés par des contraintes structurelles majeures. La méconnaissance des symptômes pourtant évocateurs comme le sang dans les selles, les troubles du transit ou une perte de poids inexpliquée retarde les consultations. Résultat: plus de 70 à 80 % des patients sont diagnostiqués à un stade avancé, lorsque les options thérapeutiques sont limitées.
La pauvreté: un facteur déterminant.
Dans de nombreux pays, le coût d’une coloscopie peut représenter plusieurs mois de revenu. L’accès aux centres spécialisés reste limité, et les traitements comme la chimiothérapie ou la chirurgie oncologique sont souvent hors de portée pour une grande partie de la population. Par ailleurs, certaines idées reçues persistent. Il n’existe pas de lien direct entre l’homosexualité et le cancer du rectum. Toutefois, certaines pratiques sexuelles non protégées peuvent favoriser l’infection par le papillomavirus (HPV), impliqué dans des cancers anaux distincts. Cette distinction est essentielle pour éviter les amalgames et promouvoir une prévention adaptée et inclusive.
Une urgence sanitaire et sociale.
Le cancer du rectum met en lumière de profondes inégalités en matière de santé. Lorsqu’il est détecté tôt, son taux de guérison peut dépasser 90 %. Pourtant, en Afrique, l’absence de dépistage organisé et le manque d’infrastructures entraînent encore trop souvent des décès évitables. Investir dans l’éducation sanitaire, développer des programmes de dépistage accessibles et renforcer les systèmes de santé sont des priorités urgentes. Car derrière les statistiques, chaque retard de diagnostic se traduit par une vie écourtée souvent évitable.
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