La remise des équipements de digitalisation de l’état civil aux communes de la région de l’Est marque un tournant dans la modernisation des services publics locaux. Au-delà de l’amélioration des performances administratives des collectivités territoriales décentralisées, cette réforme constitue une réponse concrète au défi de l’enregistrement des naissances et à la lutte contre le phénomène des « enfants fantômes ».
Par Gervais Fredy M

La région de l’Est vient de franchir une étape majeure dans la modernisation de son administration locale avec la remise d’équipements de digitalisation de l’état civil à plusieurs collectivités territoriales décentralisées (CTD). Au-delà de la simple acquisition de matériel informatique, cette initiative portée par le Bureau National de l’État Civil (BUNEC) et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ouvre la voie à une transformation profonde de la gestion des actes d’état civil.
Pour les communes bénéficiaires, notamment Bertoua, Bertoua Ier, Bertoua IIe, Betaré-Oya, Garoua-Boulaï et Abong-Mbang, la digitalisation représente un puissant levier de modernisation. Elle permettra de sécuriser les archives, de réduire les risques de perte ou de détérioration des documents, d’accélérer la délivrance des actes et d’améliorer la qualité du service rendu aux usagers. Les populations pourront ainsi accéder plus facilement à des documents fiables et sécurisés, indispensables pour l’inscription scolaire, l’accès aux soins, l’obtention d’une carte nationale d’identité ou encore l’exercice de nombreux droits civiques. Cette mutation numérique devrait également contribuer à rapprocher davantage l’administration des citoyens.

Dans plusieurs communes, les longues procédures, les archives incomplètes ou les difficultés de conservation des registres ont souvent constitué des obstacles à l’accès rapide aux documents administratifs. Grâce aux nouveaux outils numériques, les collectivités pourront gagner en efficacité, en transparence et en traçabilité, tout en renforçant la confiance des populations dans les services publics locaux.Mais l’impact le plus significatif de cette réforme réside dans la lutte contre le phénomène des « enfants fantômes ». Chaque année, de nombreux enfants naissent sans être déclarés à l’état civil, les privant d’une existence légale et les exposant à diverses formes d’exclusion sociale. Sans acte de naissance, ces enfants rencontrent d’importantes difficultés pour accéder à l’éducation, aux services de santé, aux examens officiels ou aux programmes de protection sociale. Ils deviennent, de fait, invisibles aux yeux de l’administration.
La délivrance du tout premier acte de naissance digitalisé dans la région de l’Est symbolise ainsi bien plus qu’une avancée technologique. Elle marque un engagement concret en faveur du droit à l’identité pour tous. Grâce à la numérisation, les déclarations de naissance pourront être mieux enregistrées, conservées et suivies, réduisant considérablement les risques d’omission, de perte de données ou de fraude documentaire.
En renforçant la fiabilité du système d’état civil, les CTD disposent désormais d’un outil stratégique pour améliorer la gouvernance locale et produire des statistiques plus précises sur leur population. Ces données constituent une ressource essentielle pour planifier les investissements publics, anticiper les besoins en infrastructures scolaires et sanitaires, et élaborer des politiques de développement mieux adaptées aux réalités du terrain. Avec cette avancée, la région de l’Est s’inscrit résolument dans la dynamique nationale de modernisation de l’état civil et réaffirme qu’aucun enfant ne devrait grandir dans l’ombre de l’invisibilité administrative. La digitalisation apparaît ainsi comme un instrument de justice sociale, de bonne gouvernance et d’inclusion, au service d’un développement local plus efficace et plus équitable.
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