Alors que le mouvement de grève porté par le Syndicat national des enseignants du supérieur (SYNES) se poursuit et fait échos, le Pr Aba’a Oyono est monté au créneau pour dénoncer les conditions de rémunération des enseignants, réclamer le paiement intégral de la dette académique et appeler à une réponse urgente des pouvoirs publics. L’universitaire et juriste a par ailleurs livré un témoignage sans gangs et plus personnel sur son parcours et sur les tensions politiques auxquelles il dit avoir été confronté.
Par Gervais Fredy

Invité sur le plateau d’une émission à forte audience, le Pr Aba’a Oyono a livré une intervention particulièrement remarquée sur la situation des enseignants du supérieur au Cameroun. Universitaire et juriste, il s’est notamment exprimé sur les revendications portées par le Syndicat national des enseignants du supérieur (SYNES), dans un contexte marqué par la poursuite du mouvement de grève. Pour l’enseignant, cette mobilisation est avant tout le symptôme d’un malaise plus profond qui traverse les universités camerounaises. « Il y a un véritable malaise dans les universités », a-t-il déclaré, estimant que les difficultés rencontrées par les enseignants ne peuvent plus être considérées comme de simples revendications corporatistes. Au cœur de son intervention figure la question de la rémunération. Le Pr Aba’a Oyono estime que les enseignants du supérieur sont insuffisamment payés au regard de leur rôle dans la formation des cadres et de l’élite du pays contrairement à d’autres professionnels. « Les enseignants sont sous-payés », affirme-t-il, avant d’établir une comparaison avec la situation observée, selon lui, dans plusieurs autres pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Il cite notamment le Tchad, la République centrafricaine et le Gabon, où, assure-t-il, les écarts de rémunération seraient considérables. « Ailleurs dans la CEMAC, au Tchad, en RCA et au Gabon, un assistant a le triple d’un titulaire en fin de carrière. Là-bas, c’est 2 millions, 3 millions », avance-t-il. Une situation qui l’amène à interpeller directement: « Va-t-on continuer à gober cela ? »
Au-delà de la question salariale, le juriste dénonce surtout ce qu’il considère comme un manque de considération à l’égard des enseignants du supérieur. Pour lui, ceux qui participent à la formation des générations futures ne devraient pas se retrouver dans une situation qu’il juge aussi précaire. « Il est anormal que nous qui distillons le savoir, façonnons l’élite, soyons autant méprisés », martèle-t-il. Cette accumulation de frustrations pourrait, selon lui, conduire à une réaction plus forte si aucune réponse satisfaisante n’est apportée. « À force de mépriser les gens à ce niveau, la colère finit par éclater », prévient l’universitaire. Parmi les principales revendications évoquées figurent notamment l’amélioration des rémunérations ainsi que le paiement intégral de la dette académique.

Sur la poursuite du mouvement, le Pr Aba’a Oyono affiche une détermination sans ambiguïté. « Je suis déjà un homme radicalisé, Gâté. On va aller jusqu’au bout », affirme-t-il, donnant ainsi le ton de son engagement dans cette mobilisation. L’universitaire a également profité de son passage médiatique pour rappeler son expérience dans le milieu académique. Il affirme notamment avoir dirigé les travaux de maîtrise de l’actuel ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, à Ngaoundéré. Une manière, pour lui, de rappeler son parcours et son implication dans la formation des cadres de l’administration camerounaise. L’intervention du Pr Aba’a Oyono a ensuite dépassé le cadre strictement universitaire pour aborder des questions d’ordre politique et personnel.
Revenant sur son arrestation, il a rejeté toute implication du chef de l’État et mis en cause, selon ses propres déclarations, certains membres de sa communauté. « Le Sud, une terre de sainteté politique?, ce n’est pas le Chef de l’État qui a demandé mon arrestation. Ce sont mes propres frères du Sud qui ont manigancé mon arrestation. Nous irons en justice », a-t-il déclaré. Il établit par ailleurs un lien entre cet épisode et son positionnement politique, affirmant: « Pour eux, il est inconcevable qu’un Bulu soit du côté de l’opposition. » Ces accusations constituent son témoignage sur les circonstances de son arrestation et n’ont pas, dans les éléments disponibles ici, été corroborées par les personnes mises en cause.
Par cette intervention, le Pr Aba’a Oyono entend ainsi placer la situation des enseignants du supérieur au cœur du débat public. Entre revendications salariales, dette académique et demande de reconnaissance du rôle des universitaires, il estime que le malaise dénoncé dans les universités ne peut plus être ignoré. La question reste désormais celle de la réponse des pouvoirs publics aux revendications des enseignants et de l’issue de la mobilisation engagée par le SYNES.
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