En tournée de prise de contact dans le District de santé de Zoétélé, le Délégué régional de la Santé publique pour le Sud, le Dr Saurel Ngo’o Mebe, découvre à Ndele un centre propre, doté d’infrastructures et d’équipements de qualité, mais confronté à une faible fréquentation. Plus troublant : aucun riverain n’était présent lors de cette visite stratégique. Une situation qui pousse l’autorité sanitaire à questionner le management et à annoncer des mesures fermes.
Gervais Fredy M

Parti de Sangmélima le 18 septembre, après des étapes à Djoum, Oveng-Fang, Mintom et Niété, le Délégué régional de la Santé publique pour le Sud, le Dr Saurel Ngo’o Mebe, a poursuivi sa tournée de prise de contact dans les formations sanitaires de la région. Après un périple marqué par les difficultés rencontrées sur les axes routiers, notamment au-delà de Bengbis, sa délégation a fait escale au Centre de Santé Intégré de Ndele, dans le District de santé de Zoétélé. Une étape qui devait permettre au nouveau responsable régional de prendre la mesure du fonctionnement de la structure, d’écouter le personnel et de rencontrer les populations. Mais à Ndele, le décor attendu n’était pas au rendez-vous. Pas un riverain ni une fleur. Alors que dans d’autres localités visitées au cours de la tournée, les populations ont saisi l’occasion pour accueillir l’autorité sanitaire, échanger avec elle et faire entendre leurs préoccupations, le Délégué régional n’a trouvé à Ndele que ses collaborateurs et le chef de la formation sanitaire. Une absence qui, dans le contexte de cette visite, ne pouvait passer inaperçue. Elle est d’autant plus interpellatrice que la formation sanitaire est censée être au cœur de la prise en charge des populations locales. Cette situation a d’autant plus retenu l’attention du Délégué régional que, selon ses propres propos, la visite des centres de santé ne relève pas de son ressort habituel. Mais Zoétélé constitue une exception. Du fait de son attachement à cette localité et de sa connaissance particulière du territoire, le responsable régional a indiqué avoir choisi d’y effectuer cette visite afin de mieux apprécier les réalités du terrain.

Cette exception donne donc une portée particulière à l’étape de Ndele. Si le Délégué régional a fait le déplacement, c’était aussi pour regarder de près le fonctionnement d’une structure sanitaire située dans un territoire qu’il connaît particulièrement bien. Et le premier constat aura été celui d’une communauté curieusement absente. Pourtant, sur le papier et dans les faits, le Centre de Santé Intégré de Ndele dispose de sérieux atouts. L’environnement est propre, l’infrastructure est de qualité et le plateau technique figure parmi les mieux dotés du district. Le personnel y est affecté depuis plusieurs années et certains agents sont en poste depuis près d’une décennie. Mais derrière cette apparence plutôt rassurante se cache une réalité beaucoup moins reluisante: la fréquentation est faible et les chiffres présentés au cours de la visite ont suscité l’inquiétude du responsable régional. Le paradoxe est alors évident: des bâtiments, du matériel, des ressources humaines et des investissements publics, mais une population qui ne semble pas suffisamment s’approprier sa formation sanitaire. Un centre présent physiquement, mais dont l’impact demeure difficile à percevoir dans les indicateurs d’activité.
Un véritable géant au pied d’argile. Pour le Dr Saurel Ngo’o Mebe, cette situation dépasse largement la question des équipements. Elle pose celle du management. Car un centre de santé ne peut être performant uniquement parce qu’il dispose de bâtiments modernes ou de matériel de qualité. Il doit aussi être capable d’aller vers les populations, de comprendre leurs besoins, de créer un climat de confiance et de faire connaître les services dont il dispose. Le responsable régional s’est ainsi interrogé sur le niveau d’information des populations de Ndele face aux mutations intervenues dans le système de santé camerounais. Avec la Couverture Santé Universelle (CSU), l’effectivité de prise des vaccins, le Chèque Santé et la prise en charge de certaines pathologies, de nouvelles possibilités sont offertes aux populations. Mais encore faut-il que celles-ci les connaissent et sachent comment en bénéficier. Pour le Délégué régional, il est difficile d’admettre qu’une structure dispose d’équipements et de mécanismes de prise en charge sans que les populations en tirent pleinement profit. C’est dans ce contexte que son discours s’est durci.
S’adressant au responsable de la formation sanitaire, il a posé le management comme une responsabilité qui ne saurait être esquivée : « Celui qui ne peut manager doit démissionner car l’État ne peut tout faire. » Une déclaration sans détour, qui sonne comme une mise en garde et fixe désormais une exigence claire: les moyens mis à disposition doivent produire des résultats et satisfaire la population. Le Délégué régional a notamment demandé au chef de centre d’aller vers les populations, de renouer le dialogue avec les riverains et de travailler davantage avec les élites locales. L’objectif est de comprendre pourquoi une structure disposant d’autant d’atouts peine à attirer les patients et à s’imposer comme un véritable recours sanitaire pour la communauté.

L’absence des riverains lors de cette visite stratégique a d’ailleurs constitué l’un des éléments les plus marquants du passage de la délégation. Comment expliquer que l’autorité régionale de tutelle se déplace pour une prise de contact et qu’aucun membre de la communauté ne soit présent pour échanger avec elle, alors que cela a été possible ailleurs ? La question reste ouverte. Elle peut renvoyer à un déficit d’information, à une faiblesse de communication, à une insuffisance de mobilisation communautaire ou à une distance plus profonde entre la structure et les populations. Autre sujet d’inquiétude : le matériel. Un équipement médical sous-utilisé n’est pas seulement une ressource dormante ; il est aussi exposé à la dégradation avec le temps. Pour éviter que des équipements acquis sur fonds publics ne restent immobilisés sans accomplir pleinement la mission pour laquelle ils ont été affectés, le Délégué régional a instruit le redéploiement d’une partie du matériel vers d’autres structures du District, afin de maximiser son utilisation et de renforcer le système de santé. La décision est lourde de sens. Elle traduit une volonté de ne pas laisser les ressources disponibles s’enliser dans une logique d’immobilisme. L’équipement doit servir, le personnel doit produire, la structure doit être fréquentée et le management doit créer les conditions de cette performance. Cette exigence prend une dimension particulière avec le profil du nouveau Délégué régional. Fils de Zoétélé et ancien patron de l’Hôpital de District de la localité, le Dr Saurel Ngo’o Mebe connaît le territoire et ses réalités. Mais il entend manifestement que cette proximité ne soit pas interprétée comme une facilité. Au contraire, elle semble renforcer son obligation de résultats.
À Ndele, il a ainsi lancé une phrase qui résume son état d’esprit: « Ce n’est pas à Zoétélé que je vais échouer. » Derrière cette déclaration, il y a une mission et une volonté affichée de faire bouger les lignes. Le nouveau patron régional entend visiblement imposer une culture de responsabilité, de proximité et de résultats dans les formations sanitaires placées sous sa responsabilité. La question n’est donc plus seulement de savoir combien l’État a investi dans cette formation sanitaire, mais ce que ces investissements produisent réellement sur le terrain. Et surtout, combien de temps une structure peut-elle rester bien équipée, propre et dotée de personnel tout en étant aussi peu fréquentée ?
La visite du Dr Saurel Ngo’o Mebe pourrait marquer un tournant. À Ndele comme dans l’ensemble du District, le message est désormais ferme: « Qui aime bien chatille bien. l’État ne peut pas tout faire. Mais ceux qui ont reçu la responsabilité de faire fonctionner ce qui a été construit et équipé devront désormais rendre compte des résultats. »
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