Une unité clandestine de production de vin démantelée à Bahouoc, dans le département du Ndé, met une nouvelle fois en lumière les dangers du commerce de boissons fabriquées hors de tout contrôle. Cuves rouillées, substances manipulées dans des conditions douteuses et bouteilles conditionnées dans la clandestinité: derrière cette économie parallèle se joue une question autrement plus grave, celle de la protection de la santé publique et de la confiance des consommateurs.
Ghislain ler Akamba

À Bahouoc, le décor découvert lors de l’opération de la Gendarmerie nationale est pour le moins préoccupant. L’installation clandestine présentée comme une unité de production de vin aurait fonctionné dans des conditions incompatibles avec les exigences élémentaires d’hygiène et de sécurité. Le problème n’est donc plus seulement celui de la contrefaçon. Il est celui d’un système qui expose le consommateur à des produits dont la composition, la provenance et les conditions de fabrication peuvent être inconnues. Une boisson alcoolisée dont la fabrication échappe aux contrôles réglementaires peut contenir des substances indésirables ou toxiques. Sa consommation peut provoquer des intoxications et, selon les produits effectivement utilisés et les niveaux d’exposition, entraîner des atteintes graves à la santé. À plus long terme, la consommation excessive d’alcool constitue elle-même un facteur de risque pour de nombreuses maladies. Le consommateur, lui, achète souvent sans savoir ce qu’il y a réellement dans la bouteille.
L’Ouest face à un phénomène qui se répète.
Le plus inquiétant est que Bahouoc ne semble pas constituer un cas isolé dans la région. Quelques semaines auparavant, en juillet 2026, deux unités clandestines de fabrication de vins et de whiskies de contrefaçon avaient été démantelées à Bandjoun, dans le département du Koung-Khi. Les services des Douanes y avaient découvert des stocks importants de bouteilles et des installations dissimulées dans des domiciles privés. Ces précédents posent une question essentielle: combien d’autres unités clandestines fonctionnent encore à l’abri des regards ? La répétition de ces opérations dans la région de l’Ouest montre, à tout le moins, que les réseaux de fabrication et de commercialisation de boissons illicites constituent un phénomène qui mérite une surveillance soutenue. L’enjeu n’est plus seulement de fermer une unité après sa découverte, mais de remonter les filières d’approvisionnement, de distribution et de commercialisation.

Derrière le prix attractif d’une bouteille vendue moins cher se cache également une facture collective. Les activités clandestines échappent aux obligations fiscales et réglementaires, créent une concurrence déloyale pour les producteurs et distributeurs qui respectent les normes et fragilisent l’économie formelle. Les conséquences peuvent également toucher directement les familles. Lorsqu’un produit impropre entraîne une intoxication ou une maladie, les dépenses médicales peuvent augmenter et les revenus du ménage être affectés. Une personne malade ou décédée peut aussi représenter une perte économique pour sa famille et, plus largement, pour la collectivité. La lutte contre ces réseaux est donc à la fois une bataille sanitaire, économique et sociale.Le consommateur ne doit plus être la dernière victime. Il est temps de sortir d’une logique où l’intervention des autorités n’arrive qu’après la découverte d’une installation clandestine. La prévention, le contrôle des circuits de distribution, la traçabilité des boissons et la sensibilisation des consommateurs doivent accompagner les opérations de démantèlement. Car derrière chaque bouteille frauduleusement conditionnée se trouve potentiellement un consommateur qui fait confiance à une étiquette, à un bouchon ou à un prix. À Bahouoc comme à Bandjoun, le message est clair: la contrefaçon des boissons n’est pas une simple petite fraude commerciale. Lorsqu’elle touche à des produits destinés à être consommés, elle devient une question de santé publique et de sécurité collective.Reste maintenant aux autorités à aller au-delà des saisies ponctuelles : identifier les réseaux, établir la nature exacte des produits découverts, poursuivre les responsables et surtout empêcher que d’autres unités clandestines ne prennent simplement la relève.
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