Créateur de contenu, comédien, graphiste, designer et ambassadeur de marque, Brandon Youmbi, plus connu sous le pseudonyme de Yombi BK, s’est imposé comme l’une des figures montantes du paysage numérique camerounais. À la croisée de l’art, de l’humour et de la communication digitale, il développe un univers qui lui permet de toucher un public large tout en donnant aux marques une manière plus authentique de dialoguer avec les consommateurs.
Par Ghislain ler David

Dans cet entretien, il revient sur son parcours, sa démarche artistique et sa vision d’un numérique au service de la créativité et de l’entrepreneuriat camerounais. Brandon Youmbi, alias Yombi BK, vous êtes aujourd’hui une figure connue du web camerounais, à la fois comme créateur de contenu et ambassadeur de marque. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
👉 Je suis avant tout un jeune Camerounais passionné par l’art sous toutes ses formes. Je suis créateur de contenu, comédien, graphiste et designer, principalement actif depuis Douala. Au-delà de mes vidéos qui cherchent à faire rire ou réfléchir, je suis également connu comme l’une des images de l’entreprise LemFi. Mon parcours est le fruit d’une fusion entre une formation artistique rigoureuse et un amour profond pour la culture populaire et le quotidien de chez nous. Cette polyvalence constitue justement l’une de mes principales forces. Je ne me limite pas à un seul domaine artistique. Je peux concevoir une identité visuelle, raconter une histoire, interpréter un personnage, produire une vidéo ou encore réfléchir à la manière dont un message peut être transmis à une communauté. Pour moi, l’art ne doit pas seulement être esthétique. Il doit aussi être utile, compréhensible et capable de créer une connexion avec les autres.
Avant de vous faire connaître sur les réseaux sociaux, vous avez suivi une formation en arts visuels à l’étranger. Quel a été votre parcours artistique ?
👉 Effectivement, j’ai suivi une formation en arts visuels, plus précisément en Visual Communication, à la Eastern Mediterranean University (EMU). Cette formation m’a permis de me spécialiser dans l’art digital et de maîtriser des outils professionnels comme Procreate et la suite Adobe. Aujourd’hui encore, je continue de partager cet aspect de mon travail à travers mon identité artistique, @yombi_bkart. Pour moi, il n’y a pas de fossé entre le design graphique et la création de contenu humoristique. Ce sont simplement deux manières différentes de communiquer, de raconter des histoires et de toucher les gens. Ma formation m’a également appris à comprendre l’importance du message derrière une création. Un bon visuel ne doit pas seulement être beau: il doit transmettre quelque chose. De la même manière, une vidéo humoristique peut divertir tout en faisant passer un message, en créant une émotion ou en permettant à une marque de se rapprocher de son public.

Vos capsules humoristiques connaissent un véritable succès sur TikTok, Instagram et Facebook. Comment construisez-vous l’univers de vos sketchs ?
👉 L’inspiration vient tout simplement de la rue, de notre quotidien à Douala et des dynamiques sociales que nous vivons tous. Mes sketchs abordent notamment les relations amoureuses, les réalités liées à la vie chère ou encore certaines figures emblématiques et stéréotypées de notre société, comme les fameux « grands frères » ou la terrible Sophie. L’objectif est de faire rire, mais aussi de tendre un miroir à notre société. Lorsque les abonnés se reconnaissent dans une situation, la magie opère et la communauté grandit naturellement. C’est un travail de proximité, même à travers un écran.
Votre travail semble justement reposer sur cette capacité à transformer le quotidien en contenu. Quelle est, selon vous, la valeur ajoutée de votre approche artistique ?
👉 Je pense que ma valeur ajoutée réside principalement dans ma capacité à comprendre la culture et les habitudes de consommation de mon public, puis à les transformer en histoires et en images auxquelles il peut s’identifier. Je ne cherche pas simplement à produire du contenu parce qu’il faut être présent sur les réseaux sociaux. Je cherche d’abord à comprendre ce qui fait rire, ce qui interpelle et ce qui parle réellement aux Camerounais. Cette proximité permet de créer une communication plus naturelle. Lorsqu’une personne voit une situation qu’elle connaît déjà, entend une expression qu’elle utilise ou reconnaît un personnage de son quotidien, elle se sent directement concernée. C’est aussi ce que j’apporte dans mes collaborations avec les marques: la capacité à rendre un message plus humain, plus accessible et plus proche du consommateur, sans nécessairement perdre l’identité de la marque.
En quoi cette polyvalence répond-elle aux besoins actuels des marques et des entreprises ?
👉Aujourd’hui, les marques ne cherchent plus uniquement de la visibilité. Elles cherchent aussi à créer une véritable relation avec leur audience. C’est là que le rôle du créateur de contenu et de l’artiste devient intéressant. Une marque peut avoir un excellent produit ou service, mais si elle ne sait pas raconter son histoire ou communiquer avec son public de manière adaptée, son message peut passer inaperçu. Mon profil permet justement de répondre à plusieurs de ces besoins. Le design apporte la dimension visuelle, la comédie apporte l’émotion et la proximité, tandis que les réseaux sociaux permettent de diffuser le message auprès d’une communauté déjà engagée. Cette combinaison permet également d’adapter le langage de communication au contexte camerounais. Il ne s’agit pas simplement de reproduire une campagne pensée ailleurs, mais de réfléchir à la manière dont elle peut être comprise et appréciée localement.
Qu’est-ce qui, selon vous, fait la différence entre une simple publicité et une collaboration réussie avec un artiste ou un créateur ?
👉Pour moi, la différence réside dans l’authenticité. Le public sait rapidement lorsqu’un contenu est uniquement commercial. Une collaboration réussie doit donc trouver un équilibre entre les objectifs de la marque et l’univers du créateur. Il faut que le message puisse s’intégrer naturellement dans le contenu, sans donner au public l’impression qu’on lui impose quelque chose. L’artiste apporte alors sa créativité, son langage, son univers et sa compréhension de sa communauté. La marque, de son côté, apporte son produit, ses valeurs et ses objectifs. Lorsque les deux se rencontrent correctement, on peut créer quelque chose qui est à la fois utile à la marque et intéressant pour le public. Au-delà du divertissement, les réseaux sociaux sont devenus un véritable levier économique.

Quel est, selon vous, leur impact sur le développement du Cameroun ?
👉L’impact est colossal et encore sous-estimé par beaucoup. Les réseaux sociaux ne sont plus de simples espaces de distraction ; ils sont devenus une véritable économie parallèle et un formidable accélérateur de croissance pour le Cameroun. Aujourd’hui, ils permettent à des milliers de jeunes entrepreneurs, artisans, graphistes et commerçants de s’affranchir des barrières traditionnelles de la distribution pour toucher directement leur clientèle, à Douala, Yaoundé et bien au-delà de nos frontières. Des marques internationales et locales, à l’image de LemFi, l’ont bien compris en s’associant à des créateurs pour toucher des communautés engagées. Le numérique crée des emplois directs et indirects, contribue à professionnaliser certains acteurs de l’économie informelle et insuffle une dynamique entrepreneuriale nouvelle auprès de la jeunesse camerounaise. Votre parcours illustre donc aussi une nouvelle manière de concevoir le métier d’artiste. Comment voyez-vous l’évolution de cette profession au Cameroun ?
👉Je pense que l’artiste camerounais doit aujourd’hui pouvoir envisager son activité sous plusieurs angles. L’art peut être une passion, mais il peut aussi devenir une véritable profession et un outil de développement économique. Un graphiste peut travailler avec des entreprises, un comédien peut développer une communauté, un créateur peut collaborer avec des marques, et tous ces domaines peuvent se compléter.Le numérique donne justement la possibilité à un artiste de construire son propre écosystème.La principale évolution, selon moi, est que nous devons apprendre à mieux valoriser nos compétences créatives. Il ne faut pas considérer l’art uniquement comme un loisir. Derrière une vidéo, une affiche, un logo ou une campagne digitale, il y a du travail, de la formation, de la créativité et une véritable valeur économique.Pourtant, les réseaux sociaux comportent aussi des dérives. Quel conseil donneriez-vous à la jeunesse pour en faire un meilleur usage ?Mon conseil est simple : les réseaux sociaux sont à la fois un miroir et un outil de travail, mais ils ne doivent pas devenir une fin en soi.Ils peuvent construire une réputation en un instant, mais aussi la détruire tout aussi rapidement. J’invite donc les jeunes à faire preuve de responsabilité, de discernement et de dignité dans ce qu’ils publient comme dans ce qu’ils consomment.Il ne faut pas chercher le buzz facile ou la destruction des autres pour exister. Il vaut mieux utiliser ces plateformes pour valoriser ses compétences, apprendre, construire des projets sérieux et cultiver l’excellence.Le numérique offre une chance inouïe de s’élever, mais cette opportunité exige de la discipline, du travail et du respect d’autrui.
Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser à ceux qui suivent votre travail et à ceux qui souhaitent se lancer dans la création ?
👉Je leur dirais de ne pas avoir peur de commencer, même avec peu de moyens.Il faut apprendre, expérimenter, accepter les critiques et surtout rester constant. On ne devient pas artiste ou créateur du jour au lendemain. Il faut construire son identité, comprendre ce que l’on apporte aux autres et travailler continuellement à améliorer son savoir-faire. Personnellement, je veux continuer à évoluer entre le design, l’humour et la création de contenu, tout en restant connecté à notre réalité camerounaise. Parce qu’au final, c’est cette proximité avec notre quotidien qui donne du sens à ce que nous faisons. Créer, pour moi, c’est aussi raconter qui nous sommes et montrer que notre réalité peut devenir une source de créativité, d’opportunités et de valeur.
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