L’économie camerounaise affiche des signes d’amélioration en matière de compétitivité en 2025. Innovation, capital humain et infrastructures enregistrent des avancées, tandis que la croissance atteint 3,1 % et que l’inflation poursuit sa décrue. Mais derrière ces progrès, un défi majeur demeure: transformer davantage les efforts consentis en technologies, en productivité et en conquête de nouveaux marchés.
Par Gervais Fredy

Le Cameroun poursuit sa marche vers une économie plus compétitive. C’est l’un des principaux enseignements du rapport sur l’état de la compétitivité de l’économie camerounaise en 2025, dont cette édition accorde une place particulière à l’innovation, considérée comme un levier essentiel de productivité, d’industrialisation et d’accès aux marchés. Les indicateurs témoignent d’une dynamique encourageante. En 2025, la croissance économique s’est établie à 3,1 %, tandis que l’inflation a poursuivi sa décrue. Dans le même temps, des progrès sont enregistrés dans plusieurs déterminants structurels de la compétitivité, notamment l’innovation, le capital humain et les infrastructures. Ces évolutions constituent des signaux importants pour une économie appelée à renforcer sa transformation structurelle. L’amélioration des infrastructures facilite progressivement l’activité des entreprises et la circulation des biens et services. Le développement du capital humain, de son côté, renforce le potentiel de l’économie à répondre aux besoins d’un marché du travail de plus en plus exigeant.
Mais le véritable enjeu se situe désormais dans la capacité du Cameroun à franchir une nouvelle étape: passer de l’effort d’innovation à sa valorisation économique. Le pays dispose de compétences, de chercheurs, d’entrepreneurs et de solutions innovantes. Pourtant, le rapport souligne que les efforts de recherche se traduisent encore insuffisamment par des brevets, des technologies commercialisables et des gains mesurables de productivité. Autrement dit, l’enjeu n’est plus seulement de produire de la connaissance ou des idées nouvelles. Il s’agit désormais de créer les conditions permettant de transformer ces idées en entreprises, en produits, en services, en emplois et en parts de marché. Cette problématique est particulièrement stratégique pour l’industrialisation du Cameroun. Dans un environnement régional et international marqué par une concurrence accrue, l’innovation peut permettre aux entreprises camerounaises de réduire certains coûts, d’améliorer leur qualité, de créer de nouveaux produits et de mieux se positionner sur les marchés africains et internationaux.
Les progrès enregistrés ne doivent toutefois pas masquer les déséquilibres persistants. Si la décrue de l’inflation constitue une évolution favorable pour les ménages et les entreprises, la compétitivité-prix se détériore et le déficit courant se creuse. Ces éléments montrent que l’amélioration de la compétitivité ne peut pas reposer uniquement sur la croissance ou la maîtrise de l’inflation. Le Cameroun doit également renforcer la capacité de son appareil productif à générer davantage de valeur ajoutée localement, à substituer certaines importations et surtout à accroître ses exportations de produits et services à plus forte valeur ajoutée. C’est tout l’enjeu de la transformation industrielle: produire davantage au Cameroun, mais surtout produire mieux, plus efficacement et pour des marchés plus larges. Face à ces défis, le rapport préconise plusieurs pistes. Parmi elles figurent la mise en place d’un programme national de valorisation des inventions, la création d’un fonds de soutien aux entreprises innovantes ainsi que le développement de clusters d’innovation sectoriels. Ces propositions visent à rapprocher davantage la recherche, les entreprises et les marchés. Un tel rapprochement pourrait contribuer à réduire l’un des principaux écarts auxquels fait face l’économie camerounaise: celui qui sépare encore trop souvent la production scientifique de sa commercialisation.

L’objectif est donc de bâtir un véritable écosystème dans lequel une invention issue d’un laboratoire ou d’une université puisse trouver un financement, bénéficier d’un accompagnement technique, être protégée par la propriété intellectuelle, puis être transformée en solution commercialisable. Le bilan de 2025 dessine ainsi une économie camerounaise en progression, mais encore engagée dans une course contre le temps. Les avancées enregistrées en matière d’infrastructures, de capital humain et d’innovation constituent des fondations importantes. La croissance de 3,1 % et la baisse de l’inflation renforcent également certains signaux de stabilisation macroéconomique.
La prochaine étape sera cependant déterminante: convertir ces progrès en productivité et en compétitivité durable.Pour le Cameroun, l’innovation apparaît désormais moins comme un simple enjeu technologique que comme un impératif économique. Elle peut devenir l’un des instruments permettant de renforcer l’industrie, d’accompagner les entreprises, de créer des emplois qualifiés et d’accroître la présence des produits camerounais sur les marchés régionaux et internationaux. Le défi des prochaines années sera donc clair: ne plus seulement innover, mais faire de l’innovation une source de richesse, de productivité et de compétitivité pour l’économie camerounaise.
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