Tenue les 23 et 24 avril à Yaoundé, la conférence annuelle du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) s’est imposée comme un moment charnière, à la fois de réflexion technique et de vérité institutionnelle. Derrière les ateliers de renforcement de capacités, c’est surtout une remise en question profonde de la gouvernance interne et de la gestion des ressources humaines et financières qui a dominé les échanges et le discours de clôture.
Par Gervais Fredy M.

Dans un contexte national toujours marqué par les violences basées sur le genre, les infanticides et les féminicides, les responsables du ministère ont réaffirmé la nécessité d’une action publique plus rigoureuse, mieux coordonnée et davantage ancrée dans les réalités du terrain. Pour Aboubakar Sindiki, Délégué départemental du MINPROFF pour le Mayo-Louti, cette rencontre s’inscrit dans une dynamique de continuité et de mobilisation: « Il s’est agi d’un renforcement de capacités. La répétition est la mère des sciences. Les thèmes abordés sont d’actualité : violences, féminicides… parce que la femme n’est pas assez autonomisée. Nous œuvrons sans relâche pour réduire ces fléaux », a-t-il souligné, rappelant l’engagement constant du ministère auprès des familles.
Au nom des participants, Nko Anni, déléguée d’arrondissement de Lobo dans la Lekié, a salué la pertinence des thématiques et la qualité des travaux. Elle a qualifié la rencontre de « grand moment de remobilisation et d’apprentissage face aux défis », tout en appelant à un renforcement des capacités à un niveau plus stratégique pour un impact accru des politiques publiques. Mais au-delà des satisfécits, la conférence a surtout été marquée par un ton d’alerte et de fermeté sur la gouvernance interne. S’exprimant sans détour, Marie Thérèse Abena Ondoa a dénoncé des pratiques qui fragilisent la cohésion administrative, notamment l’accaparement des ressources ( primes, bons de carburants….) par certains responsables et des comportements humains jugés nuisibles à l’efficacité collective.

Dans une prise de parole particulièrement attendue, elle a mis en exergue la nécessité urgente de moraliser la gestion publique au sein du ministère, en insistant sur la rigueur dans l’utilisation des ressources et la préservation de la fortune publique. Pour elle, la mauvaise gestion, les dérives comportementales et le manque de transparence constituent des freins majeurs à la performance institutionnelle et à la crédibilité de l’action publique. Elle a, par ailleurs, appelé les responsables à renforcer la communication interne et à rendre visibles les actions menées, dans un esprit de responsabilité et de redevabilité, tout en rappelant l’ouverture de la cellule de communication comme outil stratégique de transparence.
Plusieurs chantiers prioritaires ont également été évoqués: l’harmonisation des attestations de fin de formation dans les CPFF, la poursuite du renforcement des mécanismes de prise en charge des victimes de violences basées sur le genre à travers la création de centres d’accueil pour femmes en détresse, ainsi que des campagnes de sensibilisation sur l’enregistrement des naissances. La question de la mise en stage des agents publics et, plus largement, celle de la gestion rigoureuse de la fortune publique ont été abordées avec insistance, traduisant une volonté affirmée de renforcer la discipline administrative et de prévenir toute forme de dérive dans l’utilisation des ressources de l’État. En définitive, cette conférence annuelle du MINPROFF aura été bien plus qu’un cadre de formation: elle s’impose comme un signal fort en faveur de la moralisation de la gestion publique, de la transparence et de la responsabilité collective. Une exigence désormais au cœur de la réforme silencieuse que veut impulser le ministère.
La Rédaction (+237) 698 33 39 66 – 676 26 12 02.
