Le Sénégal et le Cameroun viennent de franchir une étape historique dans la valorisation de leurs terroirs. Le Madd de Casamance et le Poivre de Penja ont obtenu, le 20 août 2026 à Genève, leur certificat d’enregistrement international en tant qu’Indications Géographiques (IG) auprès de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). Une première pour l’espace OAPI dans le cadre du Système de Lisbonne, qui ouvre de nouvelles perspectives pour la protection et la valorisation des produits africains.
Gervais Fredy M

C’est une consécration qui dépasse largement le symbole. Le Madd de Casamance, produit emblématique du Sénégal, et le Poivre de Penja, fleuron du terroir camerounais, viennent d’inscrire leur nom sur la scène mondiale des produits protégés par une Indication Géographique. Cette avancée porte aussi la marque de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI), qui accompagne depuis plusieurs années ses États membres dans la mise en place et la protection des Indications Géographiques. À travers son appui institutionnel, technique et juridique, l’Organisation a contribué à faire de ces deux produits des références protégées au-delà de leurs frontières. Leur enregistrement international vient ainsi confirmer le rôle de l’OAPI dans la construction d’un système régional capable de transformer les richesses des terroirs en véritables actifs économiques.
Pour l’OAPI, cette reconnaissance constitue un véritable tournant. Elle confirme la capacité du système régional à accompagner ses États membres dans la protection internationale de leurs productions liées au territoire. Elle renforce également la crédibilité du dispositif régional et pourrait encourager d’autres pays membres à identifier, structurer et protéger leurs produits à forte identité territoriale. L’enjeu est également économique. Une Indication Géographique permet de mieux distinguer un produit sur les marchés, de protéger sa réputation contre les usurpations et de renforcer sa valeur commerciale. Pour les pays producteurs, cette reconnaissance peut contribuer à améliorer la compétitivité des filières, à soutenir les revenus des producteurs et à favoriser la création d’emplois dans les zones de production.
Au Sénégal, la reconnaissance du Madd de Casamance constitue une opportunité de mieux valoriser un produit intimement lié à l’identité de la Casamance. Elle peut contribuer à structurer davantage la filière et à renforcer la présence du produit sur les marchés nationaux et internationaux. Au Cameroun, le Poivre de Penja bénéficie de la même dynamique. Déjà réputé pour ses qualités gustatives, il dispose désormais d’un atout supplémentaire pour consolider sa réputation à l’international, stimuler la transformation locale et renforcer la contribution de la filière à l’économie des territoires concernés.

Derrière cette consécration se trouve surtout le travail de milliers de producteurs, gardiens de pratiques, de traditions et de savoir-faire transmis au fil des générations. Leur engagement quotidien contribue à préserver l’authenticité, la qualité et l’identité de ces produits qui portent bien plus qu’un simple label: ils racontent une histoire, un territoire et une culture. Cette victoire est l’aboutissement de près de vingt années d’efforts, de coopération et de mobilisation autour de la protection des richesses locales. Elle démontre que la propriété intellectuelle peut dépasser le cadre juridique pour devenir un véritable levier de développement territorial, de création de valeur et de rayonnement international.
Au-delà du Sénégal et du Cameroun, le signal envoyé à l’ensemble du continent est fort. L’Afrique dispose de nombreux produits dont la réputation repose sur l’origine, le savoir-faire et les spécificités de leurs territoires. Leur protection par des Indications Géographiques peut permettre de mieux capter la valeur créée localement et de renforcer la compétitivité des économies rurales. Pour l’OAPI, le Madd de Casamance et le Poivre de Penja constituent donc bien plus que deux réussites isolées. Ils illustrent la pertinence d’une stratégie régionale de valorisation des terroirs africains. Pour le Sénégal et le Cameroun, ils représentent désormais une opportunité de transformer la reconnaissance internationale en retombées économiques concrètes pour les producteurs et les territoires.Le 20 août 2026 restera ainsi comme une date forte dans l’histoire des Indications Géographiques en Afrique. Une première est franchie. Le véritable défi commence désormais : faire de cette reconnaissance internationale une source durable de valeur, de revenus et de rayonnement pour les producteurs et les terroirs qui ont donné naissance à ces produits d’exception.
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