La mission du ministre Jules Doret Ndongo, dépêché par le comité central du RDPC pour appeler à l’apaisement à la veille des prochaines échéances électorales, n’a visiblement pas dissipé les tensions. Pour certains participants, la fracture est désormais trop profonde et le discours de l’apaisement désormais sur le trottoir.
Par Michelle Eyenga

Réunis dimanche 30 août à l’Hôtel de l’Océan, les responsables politiques, cadres et potentiels candidats du RDPC étaient invités à entendre le message de Jean Kuete, secrétaire général du comité central, porté par le ministre Jules Doret Ndongo: préserver l’unité du parti et éviter que les rivalités internes ne compromettent les prochaines municipales et législatives. Mais sur le terrain, le discours perd sa vitesse à convaincre. Pour certains participants, le message de l’apaisement est dilué, tant les frustrations accumulées sont importantes.
La fracture est profondément installée, au point que les appels à la retenue ne suffisent plus à dissiper les méfiances. Au centre des crispations figure surtout la question de la désignation des candidats. Une partie des militants redoute que le comité central ne « dicte » une nouvelle fois ses choix. D’où une revendication de plus en plus clairement exprimée: l’organisation de primaires dans l’Océan.
Pour leurs promoteurs, cette consultation permettrait une meilleure participation des militants et surtout une représentation plus fidèle de la volonté de la base. Elle donnerait aux potentiels candidats la possibilité de se mesurer dans un cadre transparent et permettrait au parti de partir aux élections avec des candidats bénéficiant d’une véritable légitimité militante.

Pour ces militants, les primaires ne seraient donc pas un facteur de division, mais plutôt un moyen de prévenir les frustrations et de renforcer la cohésion du parti. Faire participer la base au choix de ses représentants, c’est aussi donner un sens concret à la démocratie interne et réduire le sentiment d’une décision imposée d’en haut.
À Kribi, chaque responsable politique semble par ailleurs devoir composer avec les fantômes du passé. Il y a ceux qui veulent conserver leurs positions, ceux à qui l’on demande depuis des années de patienter et ceux qui, forts de leur nouvelle influence et de leurs moyens, veulent désormais entrer dans le jeu politique. Une équation complexe qui rend difficile tout véritable apaisement porté par le patron politique. Car dans l’Océan, certains observateurs ont le sentiment que la politique ne prend véritablement de sens qu’à la veille des échéances électorales. C’est à ce moment que les ambitions se réveillent, que les anciennes frustrations remontent à la surface et que les rivalités longtemps contenues éclatent au grand jour. La mission de Jules Doret Ndongo aura donc permis de poser le problème, mais pas nécessairement de le résoudre. Derrière l’appel officiel à l’unité, la bataille pour les investitures pourrait être beaucoup plus rude qu’elle n’y paraît.
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