En faveur du 5e Forum national sur les prévisions climatiques saisonnières qui met l’accent sur la valorisation des informations climatiques. Pendant cinq jours, météorologues, économistes, climatologues, partenaires et utilisateurs se heurtent les idées et leurs expériences pour renforcer leurs capacités. Pour le Pr Epoh Boniface, économiste et enseignant à l’Université de Yaoundé lI, la meilleure manière de convaincre des acteurs décisionnels encore largement sceptiques sur l’impact des services climatiques est de transformer la donnée scientifique en bénéfices économiques mesurables.
Par Gervais Fredy M

À quelques heures de la clôture du 5e Forum national sur les prévisions climatiques saisonnières ouvert à Kribi le 24 août, plusieurs catégories d’acteurs autour des enjeux liés à la production, à l’utilisation et à la valorisation de l’information climatique ont fait un pas décisif vers la question fondamentale. Météorologues, climatologues, partenaires techniques et utilisateurs des services climatiques ont pris part aux échanges, avec pour objectif de renforcer le dialogue entre producteurs de données et acteurs appelés à les intégrer dans leurs prises de décision. Dans ce cadre, l’intervention du Pr Epoh Boniface Ngah a particulièrement insisté sur la nécessité de démontrer concrètement l’utilité des prévisions climatiques, notamment dans un contexte où une forte proportion des acteurs politiques demeure sceptique quant à leur impact réel.
Pour l’enseignant, disposer d’une information climatique fiable ne suffit plus : encore faut-il être capable d’en démontrer la valeur. Il invite ainsi les professionnels du secteur à comparer les situations avant et après l’adoption des services d’information climatique, afin d’identifier et de quantifier les gains réalisés. Cette approche devrait notamment être appliquée dans les cinq secteurs prioritaires que sont l’agriculture, la gestion des risques de catastrophes, la santé, l’eau et l’énergie. Dans l’agriculture, par exemple, l’impact peut se mesurer à travers l’augmentation du rendement à l’hectare, la réduction des pertes ou encore l’amélioration des revenus. Pour le Professeur, ces données doivent aller plus loin que les indicateurs techniques: elles doivent être converties en valeur monétaire, car c’est cette traduction économique qui est susceptible de retenir davantage l’attention des décideurs politiques et des responsables d’entreprises.

Le professeur se dit par ailleurs satisfait de l’assiduité, de l’engagement et de la participation active des différents acteurs durant les travaux. Il relève notamment les progrès réalisés par les participants dans la résolution des cas pratiques qui leur ont été soumis au cours des exercices. Ces avancées constituent, à ses yeux, un signal encourageant pour la suite, même si des efforts restent nécessaires pour permettre une appropriation complète des outils de prévision climatique. La maîtrise des méthodes d’évaluation et la capacité à démontrer les bénéfices des services climatiques apparaissent ainsi comme des compétences essentielles pour rapprocher davantage la science des besoins des décideurs.
Au terme de cette rencontre, le message du Pr Epoh Boniface Ngah se veut donc à la fois pédagogique et stratégique: les acteurs des services climatiques doivent apprendre à parler le langage des décideurs qui est celui des chiffres. « Ne jamais oublier de convertir les données en valeur monétaire », conseille-t-il en substance aux participants. Car au-delà de la qualité scientifique d’une prévision, c’est sa capacité à permettre d’éviter une perte, d’améliorer un rendement, d’optimiser une dépense ou de générer un gain qui peut véritablement convaincre. Cette approche pourrait ainsi contribuer à réduire le scepticisme et la précarité des ressources au niveau local, à renforcer l’adhésion des acteurs politiques et à favoriser l’intégration durable des services d’information climatique dans les politiques publiques et les stratégies des entreprises.
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