Fort de 2 500 milliards de pieds cubes de ressources estimées, le projet Yoyo-Yolanda entre dans une nouvelle séquence de négociations. Yaoundé et Malabo veulent harmoniser les conditions d’exploitation avant de finaliser le dispositif opérationnel avec le groupe américain.
Le développement du champ gazier transfrontalier Yoyo-Yolanda se rapproche d’une nouvelle échéance contractuelle. Le Cameroun et la Guinée équatoriale ont consolidé, le 4 novembre 2026 à Yaoundé, leur position sur le projet d’Accord d’Opérations de l’Unité (AOU). Cette démarche prépare les prochaines discussions avec Chevron, opérateur du projet, dont dépend en partie le passage à la phase opérationnelle de cette exploitation commune.
La réunion, organisée au siège de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), a mobilisé les équipes techniques et institutionnelles des deux pays. Nathalie Moudiki, Conseiller N2 à la SNH, conduisait la délégation camerounaise. Oscar Berniko, Directeur général des entités d’État et des actifs pétroliers au ministère équato-guinéen des Hydrocarbures, dirigeait celle de Malabo. Les travaux ont porté sur l’examen du cadre opérationnel destiné à organiser le développement du gisement.
Cette concertation intervient neuf mois après la signature de l’Accord d’Unitisation, le 3 février 2026 à Malabo. Cet instrument juridique a permis de regrouper les périmètres contractuels Yoyo et Yolanda dans un dispositif commun d’exploitation. Il constitue un préalable à la gestion coordonnée des ressources situées de part et d’autre de la frontière maritime.
70,5 milliards de mètres cubes de gaz en jeu
Le potentiel économique du projet explique l’intérêt des deux États. Les ressources gazières sont estimées à 2 500 milliards de pieds cubes, soit environ 70,5 milliards de mètres cubes. Selon les données publiées par le ministère camerounais des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, le Cameroun détient 84 % de cette ressource, contre 16 % pour la Guinée équatoriale.
Le schéma technique annoncé prévoit une plateforme de traitement dans le périmètre du contrat de partage de production de Yoyo, trois puits de développement et deux gazoducs d’exportation. Le gaz doit alimenter les installations de traitement de Bipaga, au Cameroun, et de Punta Europa, en Guinée équatoriale. Cette configuration repose sur la mobilisation des infrastructures existantes dans les deux pays.
Pour le Cameroun, le projet représente une possibilité supplémentaire de valorisation de son potentiel gazier offshore. L’exploitation pourrait renforcer les disponibilités en gaz naturel pour les usages industriels et énergétiques, tout en ouvrant des perspectives de recettes liées à la commercialisation de la production. La Guinée équatoriale pourrait, de son côté, consolider l’utilisation de ses capacités de traitement et d’exportation.
La dimension industrielle reste toutefois conditionnée à la conclusion des arrangements avec Chevron. L’examen du projet d’AOU par les deux délégations constitue une étape de préparation des négociations, mais ne vaut ni signature définitive de cet accord ni décision finale d’investissement.
Le processus trouve son origine dans l’accord bilatéral du 17 mars 2023, signé à Yaoundé par les présidents Paul Biya et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Après près d’une décennie de négociations, les deux pays ont ainsi posé les bases juridiques d’une exploitation commune de leurs ressources gazières.
La prochaine séquence devra préciser les modalités opérationnelles et les engagements nécessaires à la réalisation du projet. Pour les deux économies d’Afrique centrale, l’enjeu sera de transformer ce potentiel gazier en capacités de production, en valeur ajoutée industrielle et en revenus durables.
