L’attitude glaciale observée entre le gouverneur du Littoral et le préfet du Wouri lors des célébrations du 20 mai à Douala n’était visiblement pas un simple malaise protocolaire. Une correspondance explosive adressée au ministre de l’Administration territoriale révèle une guerre ouverte entre les deux hommes autour d’un litige foncier à Japoma-Bakoko, sur fond d’accusations de manipulation, de prédation foncière et de menaces voilées.
Par: Ghislain ler David.

L’image avait marqué les observateurs lors du défilé du 20 mai à Douala: aucune poignée de main, aucun échange visible entre le gouverneur de la région du Littoral et le préfet du Wouri. Derrière cette froideur inhabituelle entre deux piliers de l’administration territoriale camerounaise se cache une crise profonde désormais exposée au grand jour. Dans une lettre adressée au ministre de l’Administration territoriale, le préfet du Wouri accuse directement le gouverneur du Littoral d’avoir orchestré une « cabale » contre sa personne dans le cadre d’un conflit foncier sensible au lieu-dit Japoma-Bakoko. Le litige porte sur une dépendance du domaine public routier estimée à près de 4 000 m². Selon le préfet, plusieurs chefs de cantons du Wouri lui auraient révélé avoir été poussés à signer une pétition hostile à son encontre. Le haut responsable administratif parle d’une « haute machination savamment orchestrée par le gouverneur de la région du Littoral et ses affidés ».
Le préfet affirme également que le gouverneur aurait profité d’un passage à l’aéroport international de Douala pour rencontrer certains chefs traditionnels du Ngondo afin de les encourager à rédiger un pamphlet contre lui, sous couvert de soutenir le chef du canton Bakoko dans cette affaire. Au centre du dossier apparaît aussi le nom de Maurice Nguefack, décrit dans la correspondance comme un « sulfureux prédateur foncier ». Le préfet soutient que cet opérateur économique, déjà détenteur d’un titre foncier de neuf hectares, chercherait à étendre son contrôle sur le domaine public routier. Se présentant comme un défenseur du patrimoine public, le préfet insiste sur le fait qu’il n’a fait qu’appliquer les textes en vigueur et respecter les autorisations délivrées par le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières. Mais c’est surtout un passage de la lettre qui retient l’attention.

Le préfet y affirme que « sa mort viendrait » de son refus de « pactiser avec ce cartel de prédateurs fonciers ». Une déclaration lourde de sens qui donne à cette affaire une dimension sécuritaire et politique particulièrement sensible. Dans un registre plus personnel, le préfet rappelle qu’il nourrissait autrefois une vocation religieuse avant d’embrasser la carrière administrative. Évoquant la fête de Pâques, il compare son combat à celui du Christ mort pour la vérité avant sa résurrection. La correspondance se termine par une citation latine : « Cognoscetis veritatem, et veritas liberabit vos »: « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira ».
En demandant officiellement l’ouverture d’une enquête, le préfet du Wouri propulse désormais cette affaire au sommet de l’État. Cette confrontation inédite entre un gouverneur et son préfet révèle surtout l’ampleur des tensions autour des enjeux fonciers à Douala, dans une ville où la pression immobilière continue d’alimenter de nombreuses rivalités.
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