À l’occasion de la 2e Journée Scientifique de la Société Camerounaise de la Santé des Adolescents (SOCADO), prévue du 27 au 29 mai à l’Hôtel Mont Fébé de Yaoundé, experts, chercheurs et décideurs vont réfléchir aux stratégies efficaces de lutte contre les grossesses chez les adolescentes, un enjeu majeur de santé publique et de développement du Cameroun.
Par Gervais Fredy M

La Société Camerounaise de la Santé des Adolescents (SOCADO) a dévoilé, lors d’une conférence de presse tenue à Yaoundé, les grandes lignes de sa deuxième Journée Scientifique placée sous le thème: « Grossesses chez les adolescentes: du fardeau épidémiologique aux stratégies d’intervention efficaces ». Cette rencontre scientifique ambitionne de proposer des réponses concrètes à un phénomène qui continue de fragiliser la jeunesse camerounaise. Née de l’initiative de trois fondateurs, la SOCADO s’est donnée pour mission de combler un vide dans la prise en charge des problèmes de santé des adolescents. Pour le Pr Félix Essiben, l’objectif est clair: « La motivation, c’est le vide qui était dans ce que nous proposions comme solution aux problèmes de santé des adolescents ». Une interpellation qui traduit la volonté de renforcer les réponses institutionnelles et communautaires face aux défis spécifiques de cette tranche d’âge.

Au cœur des échanges, les experts rappellent que l’adolescence est une période déterminante dans la construction de l’identité et des choix de vie. Le Dr Tatiana Mossus souligne à cet effet que « l’adolescence est une période sensible, marquée par de nombreuses pressions, au cours de laquelle se construisent l’identité de la personne, le choix de vie et l’avenir. Les grossesses précoces fragilisent cette étape ». Une réalité qui entraîne des conséquences médicales, sociales et psychologiques souvent lourdes. Les données présentées révèlent l’ampleur du phénomène. Au Cameroun, environ 24 % des adolescentes âgées de 15 à 19 ans ont déjà commencé leur vie féconde, 19 % ont déjà un enfant et 5 % sont enceintes de leur première grossesse. Ces adolescentes contribuent à environ 12 % de la fécondité nationale. La situation est plus marquée en milieu rural, avec 32 % contre 17 % en milieu urbain, et touche particulièrement les régions du Nord, de l’Extrême-Nord, de l’Adamaoua et de l’Est, où les mariages précoces restent fréquents.
Les causes sont multiples et souvent interconnectées: manque d’informations fiables, absence de programmes scolaires adaptés, précarité économique, faible pouvoir de négociation des jeunes filles face à des partenaires parfois plus âgés, et accès limité à la contraception. À cela s’ajoute un taux élevé de besoins non satisfaits en planification familiale, estimé à 40,8 % chez les adolescentes sexuellement actives ou en union. Face à cette situation préoccupante, la SOCADO propose un cadre de réflexion élargi réunissant scientifiques, parents, enseignants, adolescents et acteurs institutionnels. Le programme de la rencontre prévoit des conférences scientifiques, des tables rondes et des ateliers pratiques consacrés à la prévention et à l’accompagnement des jeunes.
Un enjeu majeur pour l’avenir des adolescents et le développement du Cameroun.
Au-delà de son aspect scientifique, cette initiative porte une ambition sociale et nationale forte. En s’attaquant aux grossesses précoces, la SOCADO contribue à réduire les abandons scolaires, particulièrement chez les jeunes filles, et à renforcer leur maintien dans le système éducatif. Un facteur déterminant pour l’amélioration du capital humain du pays. La prévention et l’accompagnement des adolescentes permettent également de favoriser leur autonomisation, de renforcer leur confiance en elles et de leur offrir de meilleures perspectives d’insertion sociale et professionnelle. À long terme, ces actions participent à la réduction de la pauvreté intergénérationnelle.
Sur le plan sanitaire, l’amélioration de l’accès à l’information et aux services de santé sexuelle et reproductive contribue à réduire les risques liés aux grossesses précoces, notamment les complications médicales et les impacts sur la santé mentale des jeunes filles. Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse donc la seule question sanitaire. Il s’agit d’un véritable investissement dans l’avenir. Une jeunesse mieux informée, mieux encadrée et en meilleure santé représente un levier essentiel de développement économique et social.

En ce sens, la SOCADO appelle à une mobilisation collective pour lever les tabous, renforcer les politiques publiques et construire un environnement favorable à l’épanouissement des adolescents. Prévue du 27 au 29 mai à l’Hôtel Mont Fébé de Yaoundé, cette deuxième Journée Scientifique s’impose ainsi comme un moment stratégique de dialogue et d’action en faveur d’une jeunesse camerounaise plus protégée et mieux préparée à bâtir l’avenir du pays.
La Rédaction: (+237) 676 26 12 02
