Installé à la tête de la chefferie supérieure de deuxième degré du groupement Yemvak, dans l’arrondissement de Sangmelima, Éric Engamba est désormais appelé à relever un défi majeur: redonner un nouvel élan à l’institution traditionnelle, lutter contre les pratiques de sorcellerie, renforcer la cohésion sociale, en accompagnant l’action administrative et en œuvrant au développement local. Une mission exigeante, placée sous le signe du respect des traditions, du droit et de l’intérêt collectif.
Par Gervais Fredy M

Une nouvelle page s’ouvre à la chefferie supérieure de Yemvak. Installé à la tête de cette chefferie de deuxième degré le 29 août, Éric Engamba succède à Émile Michel Engamba Engamba, démissionnaire, dont l’action en faveur du village et de ses populations a été saluée par l’autorité administrative. Cette succession, intervenue du vivant du précédent titulaire, constitue une première dans l’histoire de cette chefferie. Pour le Préfet Damien Owono, l’événement ne saurait être réduit à une simple cérémonie d’installation et d’intronisation. Il marque un moment solennel au cours duquel « se tisse le lien entre le passé, le présent et l’avenir d’une communauté ». Une responsabilité d’autant plus significative que le préfet avait déjà été appelé, lors de son installation le 15 janvier 2021 par le Gouverneur de la région du Sud, à contribuer à la redynamisation de la chefferie traditionnelle.

Au cœur de cette nouvelle mission figure le rôle d’auxiliaire de l’administration. Le Préfet Damien Owono a ainsi rappelé les dispositions du décret n° 77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation de la chefferie traditionnelle au Cameroun, notamment celles de son article 19, qui consacrent les chefs traditionnels comme des acteurs appelés à seconder l’autorité administrative dans l’encadrement des populations. À ce titre, Éric Engamba devra notamment assurer la transmission et le suivi de l’exécution des directives des autorités administratives, contribuer au maintien de l’ordre public et participer aux initiatives de développement économique, social et culturel de son unité de commandement. Il lui incombera également de contribuer, dans les conditions prévues par la réglementation, au recouvrement des impôts et taxes de l’État, d’accomplir les missions qui lui seront confiées par l’autorité administrative locale et de favoriser le règlement pacifique des différends par la voie de la conciliation. Cette mission devra toutefois s’inscrire dans le strict respect du cadre juridique national. « Majesté, retenez-le bien: lorsque la coutume s’oppose au droit positif, c’est le droit positif qui reste applicable », a fermement rappelé le Préfet, soulignant ainsi la nécessité d’un équilibre entre préservation des traditions et respect des lois de la République.
Cohésion sociale, sécurité et jeunesse au cœur des priorités.

Au-delà de ses responsabilités administratives, le nouveau Chef supérieur est attendu sur le terrain de la cohésion sociale, de la sécurité et de la salubrité publique. Damien Owono l’a notamment exhorté à accorder une attention particulière à l’hygiène et à la salubrité, à lutter contre la divagation des bêtes, régulièrement à l’origine de tensions au sein des communautés, et à réactiver les comités de vigilance. Le Chef devra également s’engager dans la lutte contre les pratiques de sorcellerie, les croyances préjudiciables à la cohésion sociale et le charlatanisme. Une attention particulière devra par ailleurs être accordée à la jeunesse, considérée comme l’un des principaux leviers de l’avenir de la communauté.
Il s’agira d’encourager les jeunes à s’investir davantage dans les activités agricoles, de promouvoir la scolarisation des enfants et de préparer la relève afin de lutter efficacement contre l’oisiveté. À ces priorités s’ajoutent la lutte contre la consommation des stupéfiants, les comportements de défiance à l’égard de l’autorité ainsi que les usages inappropriés des réseaux sociaux. Autant de défis qui appellent une action de proximité, fondée sur la sensibilisation, la responsabilisation et le dialogue, afin de préserver durablement la paix et l’harmonie au sein de la communauté.
Pour conduire cette dynamique, Éric Engamba dispose d’un parcours qui conjugue enracinement local, formation et expérience professionnelle. Né à Zoum, chef d’entreprise à la tête de plusieurs entités, titulaire d’un Baccalauréat D, ingénieur commercial formé à Lille, en France, et gestionnaire de projets, il possède des atouts susceptibles de favoriser une approche plus structurée des initiatives de développement. Son engagement dans la vie communautaire s’est également illustré par son expérience en qualité de président de la commission électorale en 2025 à Yemvak. Ce parcours constitue désormais un socle sur lequel le nouveau Chef supérieur est appelé à s’appuyer pour traduire les ambitions affichées en réalisations concrètes.

L’enjeu est donc clairement posé: faire de la chefferie supérieure du groupement Yemvak davantage qu’un symbole de l’autorité traditionnelle, en l’érigeant en véritable levier de cohésion sociale, de responsabilité collective et de développement local. Entre la préservation de l’héritage culturel, le respect du cadre légal, l’accompagnement de l’administration, la mobilisation de la jeunesse et la promotion des initiatives économiques, Éric Engamba entame ainsi son mandat avec une feuille de route exigeante. À lui désormais de transformer cette confiance en résultats et de donner au groupement Yemvak le nouvel élan attendu par ses populations.
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