En déplacement ce 5 mai au quartier Elig-Edzoa dans l’arrondissement de Yaoundé 1er sur le site de Sino Mart, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale (MINTSS) a tenté de calmer une situation explosive, marquée par de graves accusations de maltraitance. Entre appels au respect de la loi, témoignages accablants et interrogations persistantes, la visite laisse entrevoir une crise plus profonde du monde du travail.
Gervais Fredy M

La tension était palpable aux abords du magasin Sino Mart, où une foule nombreuse s’était rassemblée, déterminée à exprimer son indignation face à des révélations jugées effroyables. Vidéos virales, témoignages concordants et accusations de violences physiques ont mis en lumière des pratiques choquantes au sein de cette grande surface. Face à cette agitation, Grégoire Owona s’est voulu rassurant. Entouré de ses proches collaborateurs, dont le secrétaire général et le délégué régional du ministère pour le Centre, il a insisté sur la nécessité de préserver à la fois l’emploi et le travailleur. « Continuer de travailler, nous ne sommes pas dans un pays où il n’existe pas de loi. Nous sommes là pour que les règles soient respectées », a-t-il déclaré, se disant prêt à recevoir toutes les parties au ministère.

Dans un discours ferme, le membre du gouvernement a également lancé un appel au calme à la population: « Si on casse tout, il n’y aura plus de travail. » Rappelant l’autorité de l’État, il a évoqué une enquête en cours et promis des sanctions sévères contre les responsables présumés, ajoutant que certaines personnes étaient déjà en détention. Mais derrière cet appel à l’apaisement, de nombreuses questions subsistent. Comment une entreprise de cette envergure a-t-elle pu fonctionner sans respecter certaines obligations fondamentales, comme l’élection de délégués du personnel ? Les services déconcentrés du ministère ont-ils effectué les contrôles nécessaires ? Des inspections du travail ont-elles été menées ? Les témoignages recueillis sur place dressent un tableau alarmant. Le cas du fouet, révélé par une vidéo largement diffusée, ne serait que la partie visible de l’iceberg. Une jeune employée aurait récemment été battue jusqu’à perdre connaissance.
D’autres dénoncent l’absence de temps de repos et des conditions de travail assimilées à une « déshumanisation à ciel ouvert ». Certains observateurs s’interrogent également sur l’âge de plusieurs employés, laissant planer des doutes sur le respect de la législation en matière de travail des mineurs.

Parmi les voix indignées, celle de Baba Amadou résonne avec force: « Ça me fait mal de voir ces situations. Ils exagèrent. Les salaires sont dérisoires, entre 30 000 et 40 000 francs CFA, et en plus ils fouettent. Nous ne sommes pas des esclaves chez nous. » Un cri de colère qui traduit un sentiment d’injustice largement partagé. Dans ce climat tendu, la référence à l’État n’est pas anodine. « Nous sommes dans une République où il y a des lois et des règlements. La République de Paul Biya est encore debout », a martelé le ministre, appelant à leur stricte application.
Si la visite ministérielle a momentanément apaisé les esprits et redonné un semblant d’espoir aux employés, elle ne suffira pas à éteindre les interrogations. L’opinion attend désormais des actes concrets, à la hauteur de la gravité des faits dénoncés.
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