Fermeté, cohésion et fin du laisser-aller. Dans la Kadey, l’État camerounais engage une offensive sans précédent pour reprendre le contrôle du secteur aurifère. Entre exigences environnementales strictes, pression économique accrue et durcissement réglementaire, les exploitants sont désormais sommés de se conformer ou de disparaître.
Par Ghislain ler David AME

Ketté, épicentre d’un tournant décisif. Le ton est désormais sans ambiguïté: l’exploitation artisanale de l’or au Cameroun entre dans une nouvelle ère, plus dure, plus encadrée, et surtout plus exigeante. En première ligne de cette offensive, le Ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique, Fuh Calistus Gentry, qui mène une opération coup de poing dans le département de la Kadey.
La règle est claire: au-delà de 30 mètres de profondeur, l’artisanat n’a plus sa place. Toute exploitation doit basculer vers un modèle industriel ou semi-industriel. Une décision qui vise à mettre fin à des pratiques hybrides longtemps tolérées, où des activités dites artisanales opéraient en réalité à des niveaux intensifs, échappant largement au contrôle de l’État.

Mais le véritable électrochoc vient du seuil minimal de production désormais imposé : 5 kilogrammes d’or par mois, non négociables. À Ketté, l’entreprise Xin Yang, forte de ses 24 unités d’exploitation, a dû s’aligner sur un objectif encore plus élevé de 7 kilogrammes mensuels, sous peine de voir ses installations purement et simplement démantelées. Même fermeté pour Zinnarry Mining, sommée de garantir 5 kilogrammes mensuels avec ses 10 unités. Derrière cette rigueur, un objectif économique assumé: multiplier par cinq la production nationale d’or déclarée et réduire drastiquement l’écart entre production réelle et chiffres officiels. Car le secteur aurifère artisanal, longtemps gangrené par la fraude et la contrebande, échappe en grande partie aux circuits formels, privant l’État de ressources considérables.
Mais cette restructuration ne se limite pas à la production. Elle impose un véritable choc réglementaire. Désormais, tout opérateur doit s’acquitter d’une caution environnementale de 63 millions de FCFA pour une superficie de 21 hectares. Une somme dissuasive qui vise à responsabiliser les exploitants face aux dégâts écologiques causés par leurs activités: déforestation massive, pollution des cours d’eau, usage incontrôlé de substances toxiques comme le mercure. L’exigence d’un passage à un système d’exploitation « à vase clos » marque également une rupture majeure. Cette technologie, censée limiter les rejets polluants et favoriser le recyclage des eaux et des produits chimiques, pourrait réduire significativement l’empreinte écologique du secteur. Mais elle implique des investissements lourds, difficilement accessibles aux petits exploitants.
C’est là tout le paradoxe de cette réforme: en voulant assainir et structurer le secteur, l’État risque aussi de redessiner profondément le paysage minier national. Les opérateurs les moins capitalisés pourraient être exclus, laissant le champ libre à des acteurs plus puissants, souvent étrangers, mieux armés pour répondre aux nouvelles exigences.
Sur le terrain, la pression est déjà palpable. Les opérations de démantèlement se multiplient, et les entreprises n’ont d’autre choix que de se conformer rapidement. Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs déjà signé des engagements formels, acceptant les nouveaux seuils de production et un délai de six mois pour migrer vers des systèmes d’exploitation conformes.Reste une question centrale: cette réforme permettra-t-elle réellement de concilier performance économique, souveraineté nationale et protection de l’environnement ? Ou ouvrira-t-elle la voie à une concentration accrue des richesses minières entre les mains de quelques grands acteurs ?
Une chose est certaine : dans la Kadey, la fin du laisser-aller est bel et bien actée.
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